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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/263

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objet et serrer Casal de plus près qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. Charles-Emmanuel s’emporta violemment contre Spinola. Ces deux hommes se détestaient [1]. Le Savoyard dévorait déjà en pensée, après le Montferrat, la république de Gênes, et Spinola frémissait à la seule idée de voir Gênes, sa patrie, tomber entre les mains d’un étranger qu’il traitait de barbare. Il ne concevait pas par quel aveuglement l’Espagne et la France, au lieu de se laisser engager en des guerres perpétuelles par le duc de Savoie, ne s’entendaient point pour se partager ses états, et pour en finir avec une petite puissance égoïste qui ne connaissait d’autre droit que la force, ne se croyait liée par aucun traité, et était toujours prête à mettre le feu en Italie, sur la moindre espérance d’agrandissement. Il était d’avis que l’Espagne prît le Piémont et la France la Savoie, et il n’avait pas caché ses sentimens à Mazarin. De même qu’il haïssait Charles-Emmanuel, il faisait très grand cas de Richelieu ; il l’avait vu en passant au siège de La Rochelle, et avait admiré son inébranlable constance et l’inépuisable fécondité de ses inventions. L’habile cardinal s’appliquait aussi en toute occasion à donner au grand capitaine des marques de son estime [2]. Le duc de Savoie écrivit à Madrid qu’il ne pouvait compter sur Spinola, l’accusa de trahison, et demanda son rappel avec les plus vives instances.

Cependant Louis XIII, ayant arrangé cette fois encore ses démêlés domestiques avec son frère Gaston en lui donnant le duché d’Orléans, décida qu’il fallait passer outre aux propositions du saint-siège et ne s’arrêter qu’après avoir délivré Casal et Mantoue. Puis, excité en secret par Richelieu, qui était bien aise de le soustraire aux influences qui l’entouraient à Paris, poussé surtout par ses instincts héréditaires de chevalier et de roi, Louis ne voulut pas laisser son ministre acquérir seul de la gloire, et il se rendit à Lyon au commencement du printemps de 1630. La légation pontificale dépêcha encore une fois son secrétaire au-delà des monts pour renouveler

  1. Benedetti et Brusoni, p. 24 et p. 155.
  2. Des dépêches d’Espagne adressées à Spinola ayant été prises sur mer par les Français dans la traversée de Barcelone à Gènes, Richelieu avait fait à Spinola la galanterie de lui faire remettre ces dépêches non décachetées. Archives des aff. étrang., France, t. LTV, fol. 101. Richelieu à Spinola, 23 avril 1630 : « Monsieur, un courrier du roy d’Espagne ayant esté arresté sur la mer par personnes qui, sans en avoir charge, ont pensé faire service au roy, je vous envoie ce trompette pour vous dire que tant s’en faut que je désire me prévaloir de ces despesches que je serois bien aise de vous les faire tenir sûrement. Ce courrier que l’on m’amène sera ce soir ou demain ici. S’il vous plaist m’envoyer un trompette et un mot de vostre main, il s’en ira sûrement vous trouver avec toutes les despesches, lesquelles vous cognoistrés bien n’avoir pas esté ouvertes. Cependant je vous supplie de croire que tout ce qui se passe ne m’empeschera jamais d’estre, monsieur, votre très affectionné serviteur, etc. »