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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/220

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une bonne fois des conseils dictés, non pas seulement par une science dont ils se méfient à tort, mais avant tout par le bon sens, par la pratique, par l’expérience. Au lieu de suivre une aveugle routine et de se laisser engourdir par les malheurs qu’elle entraîne, qu’ils aillent à l’école des Berthezène, des Marès, des David de Beauregard ! Ces praticiens leur apprendront comment, en dépit de la pébrine et de son formidable cortège, il a été possible, pendant les dix années qui viennent de s’écouler, d’obtenir des récoltes largement rémunératrices, dans le bassin du Vigan, en pleines Cévennes, comme à Launac, au pied de la Gardiole, et à Sainte-Eulalie, au milieu des collines d’Hyères.

Pour qui saura les comprendre, ces leçons porteront des fruits immédiats. L’épidémie entre certainement dans une période de décroissance ; mais le mal vient vite et s’en va lentement, on doit s’attendre à des recrudescences comme on en voit en temps de choléra, et l’influence de la pébrine sera peut-être longtemps encore assez puissante pour punir cruellement quiconque transgressera les règles si simples de l’hygiène. Pour profiter du mieux relatif qui commence à poindre dans l’état sanitaire de nos chambrées, il faut accepter ces règles dans toute leur étendue, dans toutes leurs conséquences. À ceux qui agiront ainsi, je puis sûrement promettre dès à présent des récoltes qui les récompenseront de leurs efforts.

Ces leçons seront bien plus profitables encore dans l’avenir. Si elles sont entendues, on ne verra plus des insensés arracher leurs mûriers et tuer ainsi la poule aux œufs d’or, parce qu’elle se repose et cesse de pondre momentanément. L’épidémie une fois passée, ces arbres se retrouveront debout, prêts à répandre autour d’eux, comme par le passé, le bien-être et l’aisance. Instruits par les luttes actuelles, les sériciculteurs sauront mieux élever les vers à soie, et des récoltes plus abondantes et moins coûteuses répareront promptement les pertes des dix dernières années. Un moment arrêté, le développement de la sériciculture reprendra sa marche progressive. Nos belles races, bientôt reformées, retrouveront leur supériorité incontestée ; l’industrie des pépinières, de nouveau florissante, enverra ses produits dans le sud-ouest, l’ouest, le centre et jusque dans le nord de la France, et dans un demi-siècle notre pays, rivalisant enfin avec l’Italie pour la production des cocons, alimentera à peu près seul nos manufactures, de plus en plus productives.


A. DE QUATREFAGES.