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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/212

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lots de vers malades qui m’arrivaient de toutes parts, je reconnus successivement l’existence de toutes les maladies décrites par Cornalia, l’écrivain qui a le mieux et le plus complètement résumé ce que nous savons de la pathologie des vers à soie. Ces maladies changeaient d’une localité, d’une magnanerie à l’autre. Ici la jaunisse ou la grasserie exerçaient des ravages affreux ; là elles semblaient remplacées par la négrone ou l’atrophie. Chez moi d’ailleurs comme dans les magnaneries, ces maladies offraient les symptômes depuis longtemps décrits ; mais, tandis que d’ordinaire elles n’atteignent qu’un nombre d’insectes plus ou moins restreint, elles présentaient ici un développement tel que des éducations entières étaient détruites dans l’espace de quelques jours. Évidemment l’action habituelle de ces maladies était favorisée par quelque circonstance qui la rendait infiniment plus redoutable que dans une situation normale. Or il me fut promptement démontré que tous les vers présentaient une particularité étrangère à l’affection qui, au premier abord, semblait seule les avoir frappés. Leur peau était marquée de taches noires d’une nature spéciale. Bientôt je m’aperçus qu’un grand nombre d’entre eux périssaient sans présenter d’autres symptômes que ces taches et un dépérissement graduel. Chez les mieux portans en apparence, principalement chez tous ceux qui avaient franchi la première moitié du cinquième âge et allaient faire leur cocon, je retrouvai ces mêmes stigmates. Il m’arriva plusieurs fois de passer des heures entières dans des chambrées dont tous les vers étaient magnifiques et promettaient la plus belle récolte, sans en trouver un seul complètement exempt de ce signe étrange et néfaste. Il est vrai que j’appelais la loupe au secours de mes yeux là où ceux-ci eussent été complètement insuffisans, et j’ai désolé plus d’une magnanière expérimentée en lui montrant à l’aide de l’instrument combien le mal était universel, alors qu’elle s’en croyait complètement à l’abri. Plus tard, des autopsies cent fois répétées me montrèrent cette même tache dans tous les organes, dans tous les tissus. Je la poursuivis chez la chrysalide et dans le papillon, et partout, toujours, elle se présenta avec des caractères identiques.

C’est dans la peau des jeunes vers qu’il est le plus facile d’étudier cette singulière altération ; mais pour en bien saisir l’origine et le développement, il est nécessaire de recourir aux plus puissantes lentilles du microscope. Ce n’est d’abord qu’une teinte jaunâtre obscurcissant légèrement la transparence hialine des tissus. Puis cette teinte se fonce et devient légèrement brunâtre ; plus tard, le brun domine de plus en plus, et bientôt toute transparence disparaît. À ce moment, le point attaqué ne montre plus qu’un petit magma d’un brun noirâtre, et comme charbonné. Toute trace d’organisation