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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/209

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descriptions données par ceux qui avaient tenté de le décrire. C’était vraiment à ne pas s’y reconnaître. Pour donner une idée de cette confusion, il me suffira de rappeler qu’à en croire certains auteurs, les cadavres des vers se décomposent avec une rapidité extrême, en exhalant une odeur remarquablement fétide, tandis qu’au dire d’autres écrivains ces mêmes cadavres se dessèchent et se momifient sans répandre aucune odeur. Une étude sérieuse pouvait seule donner la clé de ces contradictions avancées par des observateurs également éclaires, également de bonne foi. Pour résoudre ce problème et d’autres qui s’y rattachent, il était nécessaire de resserrer plutôt que d’étendre le champ des observations et de comparer entre elles un nombre restreint de localités parfaitement étudiées. Il fallait enfin analyser ce mal comme une affection de l’homme lui-même, établir des cliniques et faire des autopsies.

Aussi, tandis que mes deux collègues allaient continuer dans l’Isère l’enquête commencée dans le bassin du Rhône, je remontai celui de l’Hérault jusqu’au cœur des Hautes-Cévennes. Là se trouvaient trois vallées réunissant toutes les conditions propres à faciliter mes travaux. Deux d’entre elles s’étaient partagé mon enfance, dont les souvenirs mêmes devaient parfois me venir en aide. Je connaissais d’avance toutes les localités que j’allais explorer. Je savais que les éducations de vers à soie, étagées les unes au-dessus des autres à des hauteurs très différentes, se succédaient au lieu de marcher toutes de front, et me permettraient par suite de prolonger mes recherches, de répéter mes observations. Parlant la langue de ces Cévenols en qui vivent les vieilles traditions séricicoles qui leur ont fait une si grande réputation comme éducateurs, je comptais recueillir auprès d’eux bien des renseignemens ; enfin j’étais certain de faire tourner au profit de ma mission l’empressement cordial qui attendait l’homme privé autant que l’envoyé de l’Académie des Sciences.

Grâce à mes habitudes de naturaliste errant, mon installation au Vigan et plus tard aux Angliviels, près de Valleraugue, fut bientôt faite. La table de travail, avec son microscope, ses cuvettes à dissection, ses scalpels, pinces, etc., fut installée comme elle l’eût été à Chausey ou à Bréhat ; les tables, les meubles, se couvrirent de matériaux. Seulement, au lieu d’être envahis par des vases et des bocaux remplis d’eau de mer, par des annélides et des mollusques, ils le furent par des lots de vers à soie malades qu’on se hâta d’apporter au médecin des magnans. Je ne quittai mon hôpital que pour explorer les magnaneries. Cent six éducations étagées depuis la région des oliviers jusqu’à celle des hêtres, de Saint-Hippolyte dans les Basses-Cévennes jusqu’à Massevaque dans la Haute-Lozère,