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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/200

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L’intérêt des populations, éclairé par le concours de travaux, d’efforts et de dévouemens que je viens de rappeler, semblait devoir imprimer à la sériciculture un mouvement régulièrement progressif. Il n’en fut pourtant pas ainsi. La routine, les préjugés, l’indifférence, se liguèrent trop souvent pour repousser la culture nouvelle. Les guerres civiles étouffèrent bien des entreprises naissantes. Des maladies vaguement indiquées par quelques auteurs désolèrent les chambrées, et découragèrent ceux qui ne surent pas voir au-delà de l’heure présente. Les mêmes causes agissent encore aujourd’hui sur une grande partie de notre territoire, et voilà comment, malgré de grands progrès, la sériciculture est en France si éloignée de ce qu’elle doit être un jour, comment il nous faut encore recourir aux étrangers pour alimenter nos manufactures.

Il eût été curieux de suivre les oscillations de l’industrie séricicole à partir des temps de Catherine et de Henri IV ; mais, pour trouver des documens précis, il faut arriver jusqu’au XVIIIe siècle. Nous savons que de 1700 à 1788 la France produisait annuellement environ 6 millions de kilogrammes de cocons. Sous la république, cette production fut réduite de près de moitié ; elle se relève quelque peu sous l’empire et les premières années de la restauration, mais sans atteindre le chiffre précédent. Dès 1820, on voit se manifester un mouvement ascensionnel très remarquable. La quantité moyenne de cocons recueillie annuellement, de 1821 à 1830, est de 10,800,000 kilogrammes ; de 1831 à 1840, elle est de 14,700,000 kilogrammes ; de 1841 à 1845, elle atteint 17,500,000 kilogrammes ; elle dépasse 24 millions de kilogrammes de 1845 à 1852 ; en 1853, elle s’élève au chiffre de 26 millions de kilogrammes. — En même temps, au lieu de baisser de prix, les cocons renchérissent sans cesse. Pendant tout le XVIIIe siècle, ils valent en moyenne 2 fr. 50 cent, le kilogramme. Sous la république, et malgré des circonstances de plus en plus difficiles, ils gagnent 30 centimes ; vers 1850, le prix moyen est de 5 fr. le kilogramme [1]. À ce prix, la France aurait produit en 1853 pour 130 millions de cocons.

Voici donc quel était, vers la fin de cette ère de prospérité, l’état de la sériciculture française. Une progression croissante se manifestait dans la production, et cette progression allait devenir bien plus rapide encore, car d’une part, les plantations récentes se développant d’année en année, la feuille devenait plus abondante, et, d’autre part, le succès de ces plantations en faisait chaque jour surgir

  1. Ces chiffres et la plupart de ceux que je citerai plus loin sont extraits d’un travail des plus remarquables présenté par M. Dumas à l’Académie sous le titre de Rapport fait au nom de la commission des vers à soie sur les procédés de M. André Jean. Le mérite de ce travail revient d’ailleurs tout entier au rapporteur, qui n’avait pas hésité à faire exprès le voyage de Lyon afin de recueillir sur place des documens certains.