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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/20

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amené l’élection d’un barbare flamand, travaillait maintenant à l’élection d’un barbare anglais [1]. Il comptait, en le rendant ainsi suspect, le faire plus détester et l’éloigner du trône pontifical, en même temps qu’il empêcherait, par les manifestations de la répugnance publique, le cardinal d’York d’y être appelé.

Les désaccords continuèrent, et il se passa plusieurs semaines encore sans qu’on cédât d’aucun côté. Le mécontentement des Romains s’accroissait chaque jour et allait presque à la sédition. Aux objurgations précédentes s’ajoutèrent alors les menaces. Le peuple se porta en foule autour du palais où étaient enfermés les cardinaux, et il demanda que, conformément à la constitution de Boniface VIII, on les réduisît au pain, à l’eau et au vin [2], afin de les forcer à élire. Rien n’y fit. Les vieux souffrirent cette longue captivité sans fléchir, et le cardinal de Médicis, à la tête des jeunes, attendit avec une imperturbable patience que, par calcul ou par ennui, quelques-uns de ses adversaires, moins persévérans ou moins haineux que les autres, s’en détachassent pour conclure un arrangement avec lui [3]. Ce moment arriva, comme il l’avait prévu.

Le cardinal Colonna savait que le cardinal de Médicis ne consentirait jamais à un choix purement français. Son autorité, qui aurait été compromise dans Florence, son honneur, qui en aurait souffert, sa conduite passée, qui en aurait été démentie, ne laissaient aucune incertitude à cet égard. Il fit dès lors promettre aux cardinaux français que, s’ils ne pouvaient rien pour eux-mêmes, ils consentissent à porter leurs suffrages sur un des siens. Après quelques essais nouveaux et infructueux qui leur démontrèrent que l’appui de Colonna et de ses amis ne suffisait pas même à faire nommer le cardinal Fieschi, le moins repoussé des cardinaux attachés à la France, il les somma de tenir leur engagement, et il leur proposa de donner leurs voix au cardinal Jacobaccio, excellent et savant homme, en faveur duquel il espérait détacher du parti de Médicis assez de voix pour compléter le nombre requis de vingt-six. Jacobaccio était Romain, ami de la maison Colonna, et au fond impérialiste, quoique avec une certaine modération. Les Français se montrèrent d’abord disposés à lui être favorables, mais ensuite les cardinaux nés en France et les cardinaux de la faction Orsini déclarèrent que pour rien au monde ils ne nommeraient un partisan de l’empereur et des Colonna. Il fut

  1. Même dépêche, p. 182.
  2. « Tertio idus novembris populus romanus petiit vehementissimis verbis ut Bonifacii bulla quœ ultra XX dies ipsis tantum panem, aquam, et vinum tradi volebat, observaretur. » — Conclave démentis VII, f. 119.
  3. Dépêche de Rome du 2 décembre des ambassadeurs anglais à Wolsey. — State Papers, t. VI, p. 196.