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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/195

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Les autres états de l’Europe suivirent de loin ces exemples. Dès la fin du XVIe siècle, Elisabeth tenta d’introduire le mûrier en Angleterre, et elle fut imitée par ses successeurs ; mais, faute peut-être d’un peu de persévérance, ces essais n’eurent aucun résultat. À peu près à la même époque (1593-1595), la duchesse d’Aschot planta des mûriers aux environs de Leyde, éleva des vers à soie, et fit tisser avec les cocons de sa récolte « .des habits que ses demoiselles ont portés, avec esbahissement de ceux qui les ont veus, à cause de la froidure du pays. » Encouragés sans doute par cet exemple, les archiducs Albert et Isabelle accordèrent, en 1607, à Thomas Grammayes, échevin de Bruges, des lettres patentes pour la plantation de cent mille pieds de mûriers blancs. Plus tard, la révocation de l’édit de Nantes dispersa dans l’Europe entière une foule de familles provençales ou languedociennes qui s’efforcèrent de naturaliser partout leur industrie de prédilection. Des tentatives furent faites dans cette direction jusqu’en Suède et en Danemark mais ici la rigueur des hivers opposait un obstacle insurmontable. En Allemagne même, et malgré les encouragemens de Frédéric le Grand, la sériciculture demeura dans l’enfance. Cependant, à partir de 1820, elle a paru se réveiller sur quelques points, surtout en Bavière, où l’on a fait de nombreuses plantations. Le Wurtemberg paraît vouloir entrer dans cette voie, et en Prusse le gouvernement seconde les efforts que la société fille de notre Société d’acclimatation française fait pour encourager et relever les producteurs de cocons. Mûriers et vers à soie ont en outre depuis assez longtemps acquis droit de cité au Brésil, et paraissent prospérer dans le Nouveau-Monde tout comme dans l’ancien. Enfin l’Océanie elle-même semble vouloir se mêler à ce mouvement, et envoie à l’Europe, à côté de ses innombrables balles de laine, un certain nombre de flottes de soie. Les cocons produits chaque année par cet ensemble de récoltes représentent une valeur de plus d’un milliard. À elle seule, la Chine figure encore pour plus des 38 centièmes dans ce total ; l’Europe, pour plus des 32 centièmes ; le reste de l’Asie et les trois autres parties du monde ne comptent donc que pour moins de 40 centièmes. Voyons quelle part la France a prise à ce mouvement général.

Les étoffes de soie furent certainement connues dans la Gaule pendant la domination romaine ; mais il est permis de penser qu’elles durent y devenir bien rares à l’époque des guerres qui précédèrent le moyen âge. Aux premiers temps de cette période, on voit les tissus soyeux reparaître en France ; toutefois ce n’est plus la Sérique qui les fournit. C’est de Constantinople que Charlemagne tira son riche manteau et les deux robes de soie dont il fit présent au roi de