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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/190

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ANIMAUX UTILES

LE VER A SOIE



Qui ne connaît le bombyx mori des naturalistes, le ver à soie de tout le monde ? qui ne sait qu’en cela, semblable à tous les lépidoptères, cet insecte, successivement chenille, chrysalide et papillon, parcourt en quelque sorte trois existences différentes ? qui ne sait encore que, vers la fin de la première période de cette singulière vie, la chenille, comme si elle sentait approcher le sommeil merveilleux pendant lequel l’organisme subit une refonte complète, tisse son cocon, ou, en d’autres termes, s’enveloppe d’une sorte de peloton creux enroulé de dehors en dedans, et dont le fil, mesuré par Malpighi et Lyonnet, n’a pas moins de 300 mètres de long ? A qui est-il besoin de rappeler que ce peloton, dévidé, filé, mouliné, ouvré par des procédés de plus en plus parfaits, se transforme successivement en soie grège, en organsin, et produit en définitive ces tissus qui, modestes ou riches, élégans ou somptueux, ont porté dans l’univers entier les noms de Lyon, de Saint-Etienne, de Nîmes, et sont une des gloires les plus incontestées de la France industrielle ?

On connaît généralement beaucoup moins l’histoire de la sériciculture, c’est-à-dire de l’art d’élever, d’utiliser ce précieux insecte, et pourtant elle nous présente un intérêt puissant, des enseignemens bien dignes d’être médités. Confinés pendant nous ne savons combien de siècles dans l’extrême Orient, le ver à soie et le mûrier, ces deux compagnons inséparables, partent un jour de leur lointaine