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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/162

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l’école de Platon aurait décoré d’une appellation plus sublime. Il y a du vrai dans cette idée, que sir William a peut-être un peu affaiblie par l’abondance exagérée des autorités qu’il y veut rallier.

L’autre point est capital pour lui, « Si j’ai fait quelque chose en philosophie, dit-il quelque part, c’est d’avoir entrepris d’expliquer le phénomène des contradictions de la raison pure, en montrant qu’elles ne prennent naissance que lorsque l’intelligence dépasse les limites de son exercice légitime. » Or elle les dépasse, selon lui, toutes les fois qu’elle oublie qu’elle ne peut connaître ni même penser l’inconditionnel ou l’absolu. C’est pourquoi il a appelé quelquefois sa philosophie la philosophie du conditionnel. L’idée fondamentale en est exposée dans ses Discussions. Dans ses leçons, il la suppose plutôt qu’il ne la développe, et cela nous dispense d’en rendre compte. Il la fait connaître cependant, lorsqu’il en déduit, dans un travail étendu, l’origine du principe de cause et d’effet. C’est une théorie importante, qui demanderait à elle seule un examen développé. Nous nous abstenons ; mais nous ne craignons pas assez de nous compromettre pour ne pas dire qu’elle nous paraît dénaturer le sens et détruire la validité du principe de causalité. Ce principe ne serait plus une idée nécessaire, mais une idée qui nous est nécessaire, ce qui est bien différent. Il aurait pour origine une infirmité de la raison. Il faut enfin ajouter qu’une des conséquences de cette doctrine, c’est que Dieu ne peut être ni connu ni pensé. On ne peut que croire en Dieu, ce qui cependant est assez difficile, si l’idée de Dieu a perdu toute valeur. Enfin c’est encore une conséquence, et Hamilton en convient à demi, qu’il n’y a de croyance en Dieu que par une révélation, et que la théologie naturelle est sans fondement. On voit que nous n’avons pas à chercher bien loin la source où a puisé M. Mansel.

Nous ne dirons rien des leçons consacrées à la description de la sensibilité sous toutes ses formes et dans toutes ses affections, parce qu’au milieu d’idées saines et de justes observations nous n’y trouvons pas une théorie complète et satisfaisante. Le grand mérite de l’ouvrage qui nous occupe est d’être la psychologie de la connaissance. Aussi n’y faut-il pas chercher une science entière de l’âme. C’est, pour parler un langage technique, une phénoménologie de l’esprit ; ce n’est pas une anthropologie.

La supériorité de sir William Hamilton se reconnaît tout entière dans ces deux volumes : cependant il y ajoute très peu de chose aux parties originales de sa philosophie, et il faudra les prendre comme un livre d’enseignement, non comme un recueil de découvertes ; mais, sous le premier rapport, ce livre mériterait d’être traduit et mis dans les mains de ceux qui étudient la philosophie, soit dit sans offenser la mémoire de M. Fortoul. Ce qu’on y retrouve, ce qu’on y