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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/151

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ou du moins il entrevoit ce que c’est que cet esprit humain dans sa nature et dans son histoire, ce je ne sais quoi qu’on ne lui avait encore représenté que comme une lyre ou une flûte dont un joueur habile tirait des sons pour amuser la foule. C’est là une découverte, c’est là comme une révolution de la pensée dont il faut désespérer de faire comprendre l’effet profond et le charme sévère à ceux qui ne les ont pas éprouvés. C’est là cette meilleure part que choisit l’intelligence contemplative, et dont elle ne veut pas être arrachée. On ne sait pas ce qu’on perd quand on refuse de la prendre, ce qu’on ôte quand on refuse de la donner, ou plutôt ils le savent, ces corrupteurs solennels, qui* spéculant sur l’abaissement des âmes, ont rêvé de briser, de mutiler du moins l’enseignement de la philosophie. Gardons-nous de leur parler du mal qu’ils peuvent faire à la raison, à la vérité, à la dignité de l’esprit : ce serait célébrer leur victoire, et nul hommage ne les flatterait à l’égal de nos plaintes.

On devine combien devaient être vives ces impressions d’école pour les jeunes étudians de cette romantique ville d’Edimbourg, lorsqu’après les leçons d’un maître tel que Hamilton, ils rentraient au sein d’une population douée en si égal partage de jugement et d’imagination, si ouverte à la science, si accessible à la poésie, et qui offre elle-même un intéressant sujet d’observation à la philosophie, ou bien lorsque, livrés aux jeux et aux courses de leur âge, ils revoyaient ensemble tant de lieux pleins de beauté et de souvenirs en comparant orgueilleusement leur acropole à celle qui dominait : le jardin d’Académus.

Hamilton continua pendant vingt ans, c’est-à-dire jusqu’au terme de sa vie, l’enseignement qui a laissé tant de souvenirs. C’est en 1844 qu’il fut interrompu par une attaque de paralysie qui, grâce à Dieu, n’atteignit pas les forces de son esprit. Il put même l’année suivante reprendre son cours, lire lui-même une partie de ses leçons, ou les faire lire en sa présence par un suppléant, et les éclaircir par quelques mots religieusement écoutés. Il poursuivit ainsi le cours de ses fonctions universitaires, malgré de pénibles infirmités, jusqu’à la session de 1855-1856. Il avait encore, quoique fort affaibli, distribué à ses élèves les prix du terme d’avril, lorsqu’à la fin de ce mois une nouvelle attaque le frappa mortellement, et il expira le 6 mai au matin, ayant conservé presque jusqu’au dernier moment la présence de son esprit.

Hamilton a peu écrit, et il a écrit tard. Avide d’apprendre et de méditer, il ne prenait la plume que pour céder au courroux du critique contre une erreur à réfuter ou pour garder note du résultat de ses réflexions. Évidemment la composition n’avait pas un vif attrait