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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/144

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mélange des noms de partis familiers à nos oreilles auraient été un dialecte babylonien pour les rudes politiques de cette époque. Les libéraux étaient inconnus, les conservateurs étaient inconnus, et un libéral-conservateur aurait été pris pour un assemblage aussi complètement fabuleux qu’un griffon ou un centaure. » John Wilson fut nommé. On dit qu’il a été un professeur éminent. Nous croyons volontiers qu’il a enseigné avec talent ; mais qu’il ait enseigné la philosophie, nous en doutons. Au reste, on publie ses œuvres complètes ; il faudra bien qu’on y comprenne ses leçons, et nous souhaitons qu’elles démentent notre pronostic.

La faculté des avocats avait le patronage d’une chaire d’histoire universelle, et l’année suivante les avocats dédommagèrent leur confrère en la lui offrant. Il l’accepta, et autour de cette chaire assez négligée, dont le maigre enseignement n’entrait pas dans le cours régulier des études, il sut réunir un auditoire attentif par quelques leçons relatives à l’histoire des nations classiques de l’antiquité et à l’influence de leur civilisation sur la nôtre. Il poursuivait en même temps des études très sérieuses sur le système nerveux et sur la physiologie en général. Il portait dans les recherches de l’anatomie comparée son exactitude habituelle, et il fut ainsi conduit à s’occuper de la phrénologie, qui dans ce moment produisait en Ecosse une certaine sensation. Il attaqua cette douteuse science dans deux mémoires lus à la Société royale d’Edimbourg (1826), et contribua à arrêter les progrès de cette vogue changeante que la phrénologie paraît destinée à reprendre de temps en temps et à reperdre aussitôt.

On a déjà raconté dans ce recueil comment le professeur Napier, à qui nous devons un excellent écrit sur l’influence de Bacon, ayant succédé à Jeffrey dans la direction de la Revue d’Edimbourg, proposa à sir William Hamilton d’y travailler, et lui demanda même un article sur les travaux philosophiques de M. Cousin, dont la renommée parvenait enfin en Angleterre. Hamilton hésita ; il faisait la plus haute estime de M. Cousin, et il n’était pas de son avis. Il voulait bien le réfuter, mais il était pour lui contre ses adversaires. Il écrivit sous l’empire de cette double pensée, et se montra ce qu’il est resté toujours, son admirateur et son critique. En paraissant, l’article devenu célèbre sur la philosophie de l’inconditionnel fit événement dans le monde philosophique. C’était le signal très inattendu d’une renaissance de la métaphysique en Ecosse. M. Cousin accueillit cette bonne nouvelle avec la joie la plus franche. Jamais flatteuse adhésion ne lui a fait plus de plaisir que cette critique si intelligente, car il lui était plus doux d’être compris que d’être loué. Avec un empressement de curiosité et de bienveillance, il chercha à connaître