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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/132

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vanté de la vie, fuyant le monde et cherchant dans le raisonnement et dans la méditation à pénétrer l’enchaînement des lois qui peuvent relever la créature et la délivrer de ses misères terrestres ? Tout en devenant cosmopolite et en franchissant sa muraille et ses vieilles barrières pour aller demander aux autres régions des moyens plus faciles de subsister, le Chinois demeure invinciblement attaché aux usages que lui ont transmis ses ancêtres ; il transporte donc avec lui ses idoles et ses superstitions. C’est ainsi que les Chinois de l’Australie ont bâti en 1856 une église dont les frais ont été couverts par souscription. C’est une espèce de pagode en bois, haute de deux étages, longue de soixante pieds et large de trente-cinq ; l’image du Bouddha y a été solennellement installée ; l’encens et les cierges brûlent constamment autour de la statue ; dans des cérémonies particulières célébrées à certaines époques de l’année et en l’honneur des morts, de longues processions se déroulent, guidées par des étendards sur lesquels s’étalent de grands dragons dorés ; on brûle des pétards, des papiers mystiques, on forme des danses bizarres. Telles sont les pratiques extérieures du bouddhisme en Australie, en Californie, partout où de grandes masses de Chinois sont venues s’établir. Elles ne font qu’inspirer du dégoût et du mépris aux populations étrangères au milieu desquelles elles ont été transplantées ; aussi ce ne sont pas les rites et les superstitions du bouddhisme, c’est l’invasion de ses tendances qu’il faut redouter. Cette religion n’a conservé aucun idéal ; les promesses faites autrefois par le législateur ont perdu leur prix, parce qu’elles n’avaient rien d’élevé et de désirable. Or les disciples de Fô peuvent à la longue communiquer aux populations qui les entourent, et qui aujourd’hui affectent de les mépriser, la rapacité, le culte exclusif des profits terrestres. Dans ces luttes d’activité dont l’enjeu est toujours un bénéfice matériel, ils peuvent contribuer à éteindre chez leurs rivaux les dernières lueurs de sentimens élevés dus à une meilleure éducation, et c’est à ce titre que le contact de tant de populations bouddhistes par la Chine, le Japon, la Sibérie, la Cochinchine et toutes les régions où les Chinois se répandent, peut, dans l’avenir, devenir funeste à notre civilisation.

Le Japon, comme la Chine, nous montre dans les bonzes qui desservent ses pagodes des hommes ignorans, grossiers, avides, sans moralité, se bornant à pratiquer quelques cérémonies extérieures, sans se soucier de ces grandes questions relatives à la condition humaine que le législateur du bouddhisme a mal résolues, mais dont il a eu du moins le mérite de se préoccuper. Le clergé de Ceylan, qui a la prétention d’être le plus fidèle dépositaire des doctrines du Bouddha, n’a su qu’exagérer la sévérité de ses prescrip-