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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/124

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famille des Çâkyas tout entière, grossirent bientôt la foule de ses disciples. Son père lui-même vint le voir ; puis ce fut le Bouddha, à son tour, qui s’en alla, suivant sa promesse, « éveiller » la ville de Kapilavastou du sommeil de l’ignorance. Là, il retrouva ses trois femmes. La vertueuse Gopâ, après l’avoir longtemps pleuré, s’était consolée en songeant à la grandeur de sa mission. À l’exemple de sa tante Mahâ Pradjâpati, elle embrassa la vie religieuse.

Durant quarante-quatre années, le Bouddha ne cessa d’enseigner et de convertir, continuant, au milieu de la gloire qui environnait son nom et se propageait de royaume en royaume, à mener une vie chaste et pauvre ; il n’écrivit pas, mais entouré d’une multitude d’auditeurs dont la plupart étaient venus de régions éloignées pour recueillir la parole de la sagesse sous de frais ombrages ou au sommet du Pic du Vautour, montagne du Magadha, il commentait les difficultés de sa doctrine dans ces longs discours que ses disciples ont recueillis sous le nom de soutras. Enfin le Bouddha sentit que le jour suprême de la délivrance, la fin des transmigrations, l’heure du nirvâna allait venir. Il était en un lieu appelé Koucinagara, près du royaume de Kocala, et son cousin Ananda marchait à côté de lui ; ils allaient passer le Gange, lorsque le Bouddha, se tournant vers son compagnon, lui dit : « C’est pour la dernière fois que je contemple de loin la ville de Râdjagriha et le trône de diamant. » Puis ils traversèrent le Gange, le Bouddha fit ses adieux aux endroits qui avaient été les témoins des diverses phases de sa mission et de sa dernière existence ; à une demi-lieue environ au nord-ouest de Koucinagara, sur les bords de la rivière Atchiravâti, il fut pris de défaillance ; alors il s’arrêta dans une forêt, où il rendit le dernier soupir. Cette retraite, comme Bodhimanda, où il s’était transfiguré, comme Ourouvilva, premier séjour de son extase, devint à jamais consacrée dans l’histoire de la foi bouddhique, et demeura jusqu’à l’extinction de cette religion dans l’Inde un but d’incessans pèlerinages. Quand il entra dans le nirvâna, le législateur du bouddhisme avait quatre-vingts ans, et, suivant les calculs les plus probables, c’était 543 ans avant Jésus-Christ.

À la nouvelle de la mort du maître, ses disciples, et à leur tête Kâcyapa, le plus illustre d’entre eux, accoururent. On rendit au Bouddha les mêmes honneurs funèbres qu’aux plus puissans monarques ; mais quand son corps précieux eut été livré aux flammes, de sanglantes contestations s’élevèrent pour le partage de ses reliques, et ses disciples oublièrent autour de son bûcher même ses préceptes de douceur et de concorde. Les moindres parcelles attribuées au corps de cet homme, qui cependant ne s’était donné que pour un sage, allaient être grossièrement divinisées. Toute sa doc-