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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/118

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ont pour cause la naissance, puisque si on ne naissait pas, on n’aurait pas à mourir ; — la naissance est l’effet des préexistences, ce qui est logique dans le système indien des transmigrations. — Celles-ci résultent de l’attachement, sorte de chute qui fait que l’être insuffisamment dégagé des attachemens terrestres retombe dans le cercle fatal des transmigrations. — L’attachement a pour cause le désir ; — le désir résulte de la sensation ; — celle-ci provient du contact, puisqu’il faut que les choses nous touchent, soit par les sens extérieurs, soit par le manas ou sens intime, pour que nous les sentions ; — le contact est l’effet des six sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, et le manas ou cœur. — Les six sièges des sens ne sont mis en action que sous l’influence et par la cause du nom et de la forme, car c’est par là que les objets se révèlent. — Cependant le nom et la forme seraient sans valeur, si nous n’avions la connaissance ou conscience par le moyen de laquelle nous distinguons ces noms et ces formes ; — La conscience elle-même a pour cause les concepts, sorte d’illusions composant les idées qui apparaissent à notre imagination. — Enfin la douzième et dernière cause, celle qui crée les concepts, c’est l’ignorance, qui consiste à regarder comme durable ce qui n’est que passager, à croire permanent ce qui s’écoule, à nous attacher à ce monde, qui ne le mérite pas.

C’est ainsi que dans cette étrange série de déductions, en suivant le raisonnement du Bouddha, l’ignorance est la cause première et la mort le dernier et terrible résultat. Les quatre vérités sublimes qui complètent le fonds de la doctrine sont : l’existence de la douleur, — les causes de la douleur, c’est-à-dire le désir et les passions, — l’existence d’un but suprême, le nirvana, où cesse la douleur, — le procédé pour parvenir à ce nirvana. C’est là tout ce que, dans ses persévérantes méditations et dans ses longues extases, cet homme d’un grand cœur, mais d’un esprit incomplet, avait su imaginer pour se rendre raison de la vie et racheter les créatures. Il n’avait envisagé la vie que sous un de ses aspects, et en avait vu seulement les douleurs et les misères, sans savoir se demander si dans ces misères mêmes la créature ne peut s’élever par l’expiation, l’épreuve ou l’espérance. La lutte de l’homme contre la souffrance a des grandeurs qu’il n’avait pas soupçonnées, et il avait tourné ses regards autour de lui, dans un horizon restreint, sans les lever vers le ciel, où peut-être il aurait vu Dieu. Il avait cru pénétrer le secret de la vie et des choses, et il n’avait trouvé qu’un vain enchaînement de mots. Lorsque, suivant la vie depuis ce qu’il appelle la première cause jusqu’à son dernier effet, il croyait l’embrasser tout entière, il oubliait de dire de quelle façon elle avait commencé,