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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/117

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son dernier maître le suivirent ; ce furent ses premiers disciples. Le réformateur se trouvait alors, non loin des bords du Gange, dans le royaume de Magadha, qui a été la Galilée du bouddhisme ; il se retira avec ses nouveaux compagnons en un lieu appelé Ourouvilva, voulant se replier sur lui-même, au milieu des plus austères mortifications, avant d’aller enseigner le monde. Il passa de la sorte six années dans les méditations, s’appliquant à dompter ses sens par les jeûnes et les souffrances. Au bout de ce temps, il revint à des pratiques moins austères, et il eut à ce sujet un différend avec ses disciples, qui, croyant le voir faiblir, le quittèrent momentanément. C’était l’époque où il arrêtait dans son esprit sa doctrine et où il fixait les règles de sa discipline. Le vêtement qu’un chasseur lui avait cédé au début de sa vocation tombait en lambeaux ; il alla dans le cimetière déterrer un cadavre et se revêtit de son linceul : de là pour les religieux bouddhistes la coutume de se couvrir de haillons ramassés par les rues, par les chemins, et même dans les cimetières ; c’est aussi à son exemple qu’ils vivent uniquement d’aumônes. Çâkyamouni n’était encore à ce moment que Bodhisattva, c’est-à-dire le prédestiné, l’être heureux, qui a toutes les qualités nécessaires pour arriver à connaître ; encore quelques méditations suprêmes, quelques longues extases, et il allait devenir le Bouddha accompli. C’est en un lieu appelé Bodhimanda (le siège de l’intelligence), sur les bords de la rivière Nairandjanâ, qu’eut enfin lieu cette transfiguration : le Bodhisattva, voyant un homme qui coupait une herbe longue et flexible, s’arrêta, tressa une natte, s’assit sous un figuier, les jambes croisées, le corps tourné vers l’orient, et s’écria : « Que ma peau se dessèche, que mes os se dissolvent, si avant d’avoir obtenu l’intelligence suprême je soulève mon corps de ce gazon ! »

Il demeura ainsi sans mouvement un jour et une nuit entiers ; mais à la dernière veille, à l’aube, il sentit qu’il atteignait la triple science, qu’il revêtait la qualité de Bouddha parfait, et frappant de sa main la terre : « Oui, s’écria-t-il, c’est ainsi que je mettrai fin à cette douleur du monde ! » Il avait alors la pleine révélation de l’enchaînement mutuel des causes qui donnent la raison d’être de cette vie, des quatre vérités sublimes qui peuvent racheter les créatures et les conduire au nirvana, le but suprême.

Ces points essentiels et bien authentiques de la doctrine de Bouddha, les plus propres certainement à faire comprendre la législation et le législateur, demandent que l’esprit, pour les suivre, se prête un moment aux subtilités de la métaphysique indienne. Douze conditions, tour à tour effets et causes, s’enchaînent mutuellement pour produire les choses telles qu’elles existent : la vieillesse et la mort