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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/115

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tamides et de la famille des Çâkyas : c’était un homme juste, qui régnait selon la loi. Sa mère, admirablement vertueuse et belle, s’appelait Mâyâ-Dévi, et l’enfant à sa naissance reçut le nom de Siddhârtha, auquel bien d’autres noms glorieux devaient s’ajouter dans la suite. Privé de sa mère, qui était morte sept jours après l’avoir enfanté, Siddhârtha, confié aux soins des autres femmes de son père, ne tarda point à se distinguer par son intelligence et son penchant à la méditation. Quelquefois il s’égarait dans les bois et demeurait pendant de longues heures au pied d’un arbre, plongé dans des réflexions profondes. Ainsi s’écoula son enfance.

D’étranges prédictions avaient accompagné sa naissance, et les brahmanes, s’agitant autour de son berceau, avaient annoncé qu’il renoncerait à la couronne pour se faire ascète. Les vieillards de la famille des Çâkyas, dans l’espoir de prévenir cette menace, lui proposèrent, d’accord avec son père, de prendre une femme, dès qu’il fut en âge de se marier. Le prince demanda sept jours pour réfléchir, et pensant, après s’être profondément consulté, que le mariage ne lui ôterait pas le loisir des méditations, il céda, à la condition qu’on lui amènerait une femme accomplie, et il remit aux vieillards la liste des qualités qu’elle devait réunir, déclarant d’ailleurs que peu lui importait la caste dans laquelle elle serait née.

Après bien des recherches, il parut qu’une jeune fille, nommée Gopâ, pourrait répondre au type de perfection proposé ; elle appartenait aussi à la famille des Çâkyas et elle était fille du prince Dandapâni. Gopâ demanda à être conduite devant le prince, et fut distinguée par lui entre toutes ses compagnes ; mais son père, à qui Siddhârtha semblait indolent, déclara qu’elle appartiendrait à celui des Çâkyas qui s’en montrerait le plus digne ; cinq cents jeunes hommes accoururent donc pour lutter dans les exercices du corps et de l’esprit. Le programme du concours nous apprend ce qu’était alors l’éducation dans l’Inde : Siddhârtha l’emporta sur tous ses rivaux dans l’art de l’écriture, de l’arithmétique, dans la grammaire, la syllogistique et la connaissance des Védas, recueil des hymnes sacrés. Il fut victorieux à la course, à l’arc, à la natation, dans tous les jeux de force et d’adresse ; la belle Gopâ devint la première de ses trois épouses, et il lui permit de ne pas se voiler le visage.

Cependant, au sein de cette heureuse union, environné de splendeurs et de fêtes, le jeune homme demeurait pensif et plein de tristesse ; il songeait à la maladie, à la vieillesse, à la mort ; à côté de ces trois maux terribles, il plaçait le désir, source de crainte et de douleur, puis il envisageait la transmigration, qui entraîne incessamment dans le cercle de ces destinées misérables, et il se de-