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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/103

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composée du pape, du duc de Mantoue, de Venise et de la Savoie, sous la garantie de la France, pour maintenir réciproquement leur indépendance et la paix. Enfin un autre traité, habilement ménagé par la république de Venise, conclu et signé à Suze même le 24 avril, obligeait l’Angleterre à ne plus s’immiscer dans les affaires intérieures de la France, et à ne se point arroger la défense des sujets rebelles du roi, qu’ils fussent protestans ou catholiques. En conséquence, après avoir suffisamment donné au duc de Savoie, au sein même de ses états, le spectacle de notre armée victorieuse, Richelieu l’avait ramenée du haut des Alpes jusque dans les plaines du Languedoc, et en trois mois il avait battu le duc de Rohan, pris successivement Privas, Castres, Nîmes et même Montauban, soumis les Cévennes et pacifié le midi.

Le jeune chargé d’affaires d’Urbain VIII avait vu tous ces prodiges de talent, de courage, d’habileté, s’accomplir sous ses yeux en moins d’une année. À la fois militaire et diplomate, il avait saisi tous les ressorts de ces grands événemens. Il avait sans doute admiré la puissance de la France ; mais il avait aisément reconnu que cette puissance lui venait principalement du patriotisme intelligent de Louis XIII, surtout du génie et du caractère de Richelieu. Il avait pu se convaincre qu’il y avait en France un politique tel qu’il n’en avait encore rencontré que dans ses lectures, un homme qui avait des desseins, et qui était capable de les accomplir. Mazarin avait dû se dire qu’on serait heureux d’être au service de cet homme-là. Il allait bientôt le connaître de plus près.


IV

On aurait pu croire que le duc de Savoie, après avoir acquis Trino et des revenus considérables dans le Montferrat, se tiendrait tranquille et remplirait loyalement les engagemens solennels qu’il venait de contracter. L’année 1629 n’était pas terminée que Charles-Emmanuel les avait de nouveau foulés aux pieds. Une première fois il avait poussé l’Espagne à envahir le Montferrat pour en avoir sa part. Il fit plus cette fois-ci : non-seulement il forma une nouvelle ligue avec l’Espagne et l’empire, mais, au lieu de se borner à employer l’empereur à troubler le duc de Mantoue dans la légitime possession de ses états en lui refusant l’investiture, il appela les terribles et féroces régimens impériaux à travers le Tyrol et la Suisse, et alluma une guerre effroyable qui devait mettre la Haute-Italie à feu et à sang. Richelieu, qui suivait d’un œil attentif les intrigues ténébreuses du duc de Savoie, n’hésite pas à le donner comme le principal artisan des nouveaux troubles. Laissons-le parler lui-même, dans son langage