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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/1023

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l’accueil sinistre qu’il reçoit arrête sa parole : Kari le fait asseoir, se place à côté de lui, et lui apprête un frugal repas, tandis que le père et les frères s’entretiennent à part et à voix basse. Bientôt le père déclare qu’il est temps qu’on s’aille coucher. Kari prend Olaf par la main et le conduit à la chambre qui lui est destinée. À peine y est-il entré qu’une jeune fille vient, suivant l’ancienne coutume islandaise, pour lui ôter ses habits. Il la voit à peine, tant la chambre est obscure. Elle ne dit pas un mot ; seulement, pendant qu’elle lui essuie les pieds, il sent tomber ses larmes, et quand elle va sortir, elle lui dit à l’oreille, de sa voix la plus basse, de prendre garde à lui. Kari lui-même vient ensuite ; il veut passer la nuit auprès d’Olaf, qui se contente de lui emprunter sa hache, et attend l’événement. Le vieil outlaw ne tarde pas en effet à entrer, il est suivi des deux frères ; mais Olaf ne se laisse pas surprendre : il fend la tête au vieillard, il blesse mortellement un des fils, et, de concert avec Kari, il force l’autre à se rendre et à lui jurer fidélité. Pendant ce tumulte, Helga est plongée dans les larmes et la prière ; Kari l’amène en toute hâte et la remet aux bras de son fiancé. C’était elle qu’on avait envoyée le soir pour le servir, mais on veillait aux portes et on épiait sa parole ou son regard. — Dès le lendemain, après avoir enseveli les morts, Olaf mit le feu à la cabane des outlaw ; tous le suivirent chez le vieux Sigurd, excepté celui des deux fils qui survivait ; celui-là préféra encore au commerce des hommes la sauvage et inquiète liberté du désert.

Ce n’est pas le moindre charme de ces légendes islandaises que d’y retrouver, grâce à l’identité constante du cœur humain, quelques fleurs de cette poésie qui s’épanouit plus librement sans doute sous de moins rudes climats. La nature particulière de l’Islande n’exclut pas d’ailleurs la poésie ; tout au moins doit-elle ébranler et exciter l’imagination. Qu’on lise non pas seulement la spirituelle relation du trop court voyage de lord Dufferin en Islande, mais par exemple le journal d’Olafsen et Paulsen pendant leur longue et savante visite de cinq années dans cette Ile à la fin du XVIIIe siècle, et on admirera les singuliers phénomènes de cette terre et de ces cieux : ici les sources intermittentes, les eaux minérales de toute sorte, celles qui endorment et celles qui enivrent ; là des aurores boréales ou des éclats de foudre de toutes les nuits (comme pendant tout l’été de 1718), des lacs comblés en une heure par la lave des volcans, les feux souterrains, les jets de sources chaudes, les météores, les nuages colorés et aux formes diverses qui s’élèvent sur la surface des eaux, les mers de sang, les mirages, les apparitions célestes. Quelles imaginations humaines seraient restées insensibles à ces magnifiques spectacles ? Même à côté des explications que donne la science, il y aura toujours en présence de ces manifestations étonnantes de la nature d’autres commentaires qu’inventera l’esprit humain. Tout un chapitre du livre de M. Maurer contient les nombreuses légendes islandaises qui cherchent à expliquer chacun de ces phénomènes.

L’imagination islandaise connaît aussi, cela se comprend, toute une faune et une flore symboliques et mystiques dont la connaissance fournirait sans