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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/1007

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À Turin, la première scène parlementaire a été l’interpellation du général Garibaldi. Le général est Niçard. N’y a-t-il point une malice espiègle du sort dans ce coup de politique qui, par le triomphe même de l’indépendance italienne, dénationalise la patrie du héros le plus populaire de cette indépendance ? Le général Garibaldi est mieux placé à la tête d’un corps de volontaires qu’à une tribune. Il a parlé faiblement et maladroitement. Il a reproché au ministère d’avoir violé la constitution par la façon dont il laisse s’accomplir l’annexion, et il a fini par le prier de vouloir bien assurer la liberté de la votation par laquelle Nice va prononcer sur sa destinée. D’autres députés, MM. Roubaudy, Mellana et Sineo, ont soutenu la cause contraire à l’annexion avec une plus éloquente argumentation ; nous n’avons pas à nous arrêter à leurs raisons. Ce débat ne pouvait être agréable au cabinet piémontais. Les réponses des trois ministres, MM. de Cavour, Farini et Mamiani, n’ont pas été sans trahir leur embarras. Ils se sont défendus sur la question constitutionnelle en disant que les droits du parlement étaient saufs, puisque le traité serait soumis à son approbation, et que le plébiscite demandé aux Niçards n’était qu’un préliminaire destiné à sonder les sentimens de la population, et qui n’engageait point la décision ultérieure de la chambre. La question politique eût fourni sans doute à M. de Cavour un meilleur terrain de défense ; mais le ministre piémontais n’a point voulu aborder la discussion des motifs politiques qui l’ont décidé à signer le traité. Il a réservé pour le débat qui s’engagera sur le traité même l’explication de sa politique. — La cession de Nice, a-t-il dit, se rattache à l’ensemble d’un système qu’il ne pouvait faire connaître à propos d’une interpellation accidentelle, mais qu’il exposera franchement dans la discussion du traité. La chambre piémontaise a pu pressentir ce système du ministre lorsqu’il a déclaré que de graves dangers menaçaient le royaume du côté du Mincio et vers la frontière toscane, qu’une politique d’isolement serait funeste au Piémont, et qu’il n’y avait pour lui d’appui efficace que dans l’alliance française.

Tout ce qui vient d’Espagne depuis quelques jours nous arrive enveloppé d’une obscurité qui en fait un véritable logogriphe jeté en pâture à la curiosité universelle. Tandis que le général O’Donnell, au lendemain d’une victoire, signait avec le Maroc une paix qui n’est assurément ni sans honneur ni sans avantage, des bruits de crise ministérielle s’élevaient subitement à Madrid. Tandis que toutes les polémiques prenaient feu à Madrid au sujet de la paix et de l’influence qu’elle allait avoir sur l’existence du ministère, tout d’un coup on apprenait qu’une tentative de soulèvement carliste aux proportions presque menaçantes venait d’éclater sur les côtes de Valence. Quel rapport y a-t-il entre ces étranges événemens ? Ces bruits de crise ministérielle qui se sont élevés il y a quelques jours en Espagne se liaient évidemment à toutes les affaires du Maroc. Il est arrivé ici ce qui arrive souvent en pareille circonstance : ceux qui voyaient la guerre de