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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/1005

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des fonds engagés dans une entreprise, une société n’a besoin d’aucune autorisation : elle n’a qu’à faire suivre la raison sociale de deux lettres L. L. (limited liability). La législation des sociétés commerciales est Conçue en France au rebours du bon sens pratique : elle suscite d’artificiels et trop efficaces obstacles à l’association des capitaux, association que la réforme de nos tarifs rend pourtant plus que jamais désirable. Avant donc ou au moment d’entrer dans le nouveau régime, il est indispensable de faire une nouvelle loi sur les sociétés : c’est une autre mesure législative incidente rendue nécessaire par la réforme commerciale. Nous pourrions en signaler plus d’une encore, et il ne nous serait que trop facile de prouver, si nous ne nous interdisions point ici les détails, que d’immenses et beaux travaux législatifs seraient dès cette année imposés à la France, si nous voulions entrer dans la voie de la liberté commerciale avec logique, avec consistance, avec cette prudence savante et laborieuse que demande l’exécution des grands entreprises.

Si l’on nous demandait pourquoi les esprits s’éveillent si peu au contact de questions à la fois si vastes et si utiles, nous répondrions sans hésiter que la cause de cette triste et passive incurie est dans les restrictions qui ont rétréci le domaine et paralysé les ressorts de la liberté politique. L’acclimatation de la liberté commerciale ne peut se faire dans un grand pays par l’action lente et routinière de la machine administrative. Pour mener à bonne fin cette grande innovation, il faut une nature d’hommes qui ne se forment point, nous le craignons, dans les serres chaudes administratives. Il faut des hommes qui aient la passion de servir en face, sous l’œil, sous le contrôle du public lui-même, les intérêts publics. Il faut des hommes qui aiment et recherchent les lumières qui naissent du choc des controverses, et qui ne connaissent et ne désirent pas d’autre récompense que celle que le public décerne, par ses applaudissemens et par la renommée, au patriotisme et au talent indépendant. Pour produire de tels hommes, les émulations excitées et entretenues par la liberté sont indispensables. Ils ont besoin, pour naître et pour grandir, de respirer à la fois et d’inspirer l’opinion à travers la presse et la tribune libres. Nous n’examinerons pas jusqu’à quel point ils pourraient se développer aujourd’hui, quand le bruit de certaines discussions intéressantes malgré leur caractère rétrospectif arrive bien jusqu’à nous comme un retentissement affaibli de la période de politique extérieure que nous avons traversée l’année dernière, mais sans que nous ayons le droit d’y mêler un jugement ou une appréciation. Au bout de tout examen sérieux des nécessités de la situation intérieure de la France, on rencontre donc toujours la même conclusion : il faut développer la liberté politique.

Nous connaissons à peine les débuts du parlement piémontais, et nous sommes forcés de convenir qu’ils ne laissent rien voir encore de décisif sur la nouvelle vie politique ouverte à l’Italie du nord. Tout l’intérêt de la situation