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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/1000

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nous nous avisions de refuser à la confédération helvétique, dont nous n’avons pas toujours respecté l’intégrité et l’indépendance, le droit de s’inquiéter de la sûreté d’une de ses frontières. Enfin la garantie donnée par les cinq puissances à la neutralité de la Suisse est une des conditions essentielles de l’existence de la confédération. Nous trouvons naturel que la Suisse ait déféré aux puissances garantes un fait qui altère partiellement les conditions de sa neutralité ; quels que soient en effet les titres que nous pensions avoir à la sympathie de la Suisse, nous n’allons pas jusqu’à croire que ses devoirs d’amitié envers l’une des nations garantes de sa neutralité puissent l’obliger, dans une circonstance grave, à renoncer à la garantie des quatre autres puissances. Nous ne croyons avoir aucun motif sérieux d’aigreur contre la Suisse, nous reconnaîtrons même que le gouvernement fédéral a montré une louable prudence en résistant aux exhortations du parti nombreux et passionné qui, pour mettre les puissances garantes en demeure et les contraindre à une intervention active, demandait l’occupation militaire des districts neutralisés de la Savoie ; cependant il nous semble que les Suisses ont fait aujourd’hui tous les actes conservatoires de leurs droits et des conditions que les traités ont mises à leur existence, qu’ils peuvent avec honneur arriver maintenant à l’appréciation sérieuse, modérée, pratique de leurs intérêts, et qu’ils doivent songer à un arrangement avec la France, à la condition que cet arrangement soit soumis à l’approbation des puissances garantes de leur neutralité.

Quant à la France, elle est dans une position excellente pour être modérée : elle détient l’objet du litige, et l’on ne peut rien tenter d’efficace contre elle. La première condition de la vraie dignité pour les puissans, c’est de ne point se laisser aller à une susceptibilité exagérée à l’égard des faibles. Ce n’est pas seulement le succès et la puissance qui nous obligent à la modération. Soyons de bonne foi avec nous-mêmes : dans les négociations qui ont précédé l’annexion, nous semblons avoir vacillé, nous n’avons pas toujours tenu le même langage, et, si c’était trop de dire que nous avons fait des promesses qui n’ont pas été tenues, convenons que nous avons autorisé des espérances qui n’ont pas été réalisées. Nous ne cherchons ni à incriminer ni à justifier les tergiversations qui ont été révélées par la publication des documens diplomatiques : il est possible qu’elles aient été imposées par les circonstances ; mais enfin, le but de notre gouvernement étant atteint, il nous semble qu’il peut, sans faire de sacrifices de dignité, adoucir par quelques concessions opportunes les déplaisirs, pour ne pas dire les déceptions, dont on se plaint en Suisse et en Angleterre. On ne pèche pas du moins contre la vraisemblance en attribuant au gouvernement français une telle disposition. Nous croyons en effet, malgré les assertions contraires, qu’il est inexact que le gouvernement français se soit prononcé contre le principe de la réunion d’une conférence. Le dissentiment aurait plutôt porté sur le lieu où la conférence devrait se rassembler. La France, secondée par