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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/979

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cette région de l’Amérique, la Columbia présente dans son cours des cataractes et de nombreux rapides qui rendent la navigation très périlleuse ; mais les Indiens sont très habiles à manier leurs canots, et quand on vient d’escalader une passe des Montagnes-Rocheuses à pied, dans la neige et sur la glace, la plus mauvaise barque paraît en vérité un lit de roses.


II

Le fort Vancouver est l’établissement le plus considérable de la compagnie d’Hudson. Il s’y fait un grand commerce de peaux et de fourrures, et le voisinage de la mer facilite les relations directes avec les îles de l’Océan-Pacifique et avec les possessions russes. C’est de là que partent le plus grand nombre de voyageurs chargés de parcourir les tribus pour entretenir le trafic des peaux, et c’est là aussi que l’on peut voir représentés, au milieu d’une population très mêlée, le plus grand nombre de types indiens. Les Iroquois et les Crees, venus de l’intérieur du continent, s’y rencontrent avec les Chinooks, les Klickataats, et autres tribus dont on me permettra de ne pas épeler les noms, au risque de sacrifier un agrément de couleur locale. Le village s’étend à proximité du fort, sur une rive de la Columbia. Le pays environnant est fertile, bien boisé, entrecoupé de beaux pâturages où le bétail abonde. Le climat est assez doux. Pendant les cinq mois d’automne et d’hiver, il pleut presque continuellement, et la neige est rare ; le reste de l’année, la température est sèche et agréable. Vancouver a été parfaitement choisi comme centre de colonisation.

M. Kane établit son quartier d’hiver dans cette station, d’où il lui était facile de faire des excursions dans l’île Vancouver et sur les territoires occupés par la grande tribu des Flat-Heads (Têtes-Plates), à laquelle appartiennent les Chinooks, etc. Il eut donc le loisir d’étudier avec plus de soin les mœurs et les coutumes des peaux-rouges dans le nord-ouest de l’Amérique, et de recueillir de nombreuses observations qui donnent beaucoup d’intérêt à cette partie de son récit. Les Indiens Têtes-Plates sont ainsi nommés à cause de la conformation artificielle de leur tête, qui est allongée et aplatie à partir des yeux au moyen de procédés assez analogues à ceux dont les Chinois font usage pour arrêter la croissance des pieds chez les filles. Dès la naissance, la tête des enfans est fortement serrée de manière à recevoir la forme voulue, et ce régime est appliqué pendant plusieurs mois. Au bout de ce temps, la tête a complètement perdu son apparence naturelle et présente l’aspect