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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/953

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les murs à moitié écroulés offraient des tons charmans, et ces débris à demi calcinés, dominant un majestueux panorama, avaient une poésie étrange.

C’est dans cette paisible retraite qu’Urbain allait attendre sans trop d’impatience le jour qui devait décider de son sort. Ce jour arriva enfin. C’était un dimanche. Le précom se rendit de bonne heure à Balaruc pour les devoirs de son emploi, et il promit à Urbain de revenir avant le coucher du soleil lui annoncer le résultat du vote.

Resté seul, le panar s’assit sous le grand aubépin, où la brise ne tarda point à lui apporter les bruits confus du village. La population entière prenait part à l’événement du jour, et Urbain crut distinguer les bonnets blancs des paysannes s’agitant autour de la commune. Le jeune homme, toujours immobile et rêveur, suivait machinalement du regard les reflets irisés des coquilles, dont les nuances nacrées se jouaient à ses pieds aux rayons du soleil, lorsqu’il vit une ombre s’avancer sur le sol. Il leva les yeux et aperçut la naturelle avec sa robe courte, ses bas blancs et ses cheveux frisés. La jeune fille avait voulu profiler de quelques heures de liberté pour venir voir le vieux Picouline. Elle parut surprise et heureuse de rencontrer Urbain. Les jeunes gens s’oublièrent bientôt dans une causerie intime comme la première et non moins innocente. Une pure auréole semblait entourer la Clavelette et écarter d’elle toute pensée mauvaise. Il régnait dans ses manières une simplicité si chaste, et son visage ingénu reflétait un tel mélange de grâce et de pudeur, que l’orphelin n’aurait point osé lui adresser une parole d’amour. Il s’enivrait de son charme, et se disait tout bas que Catha serait la compagne qu’il choisirait un jour pour partager son modeste foyer.

Déjà le soleil s’était couché ; il faisait froid, la jeune fille grelottait dans sa robe légère, et Picouline ne revenait pas. La Clavelette s’assit sur un rocher, et, croisant les mains sur ses genoux : — Je serai peut-être battue, dit-elle à Urbain, mais j’aime mieux endurer la colère de la sœur que de m’en retourner en vous laissant dans l’anxiété.

Des pas retentissans annoncèrent enfin le précom. Picouline s’avançait en gambadant sur sa jambe de bois, et lançant son chapeau dans les airs : — La victoire est à nous, s’écria-t-il de loin. Monsieur Urbain, vous êtes désormais l’instituteur des deux Balaruc !

Le jeune homme se jeta au cou du vieux marin, tandis que Catha lui prenait la main et y portait les lèvres avec une vive expression de reconnaissance et de joie.

— Vous voulez donc me faire pleurer, mes enfans, dit Picouline en essuyant une larme avec le revers de sa main. Le capélan vous était bien hostile, ajouta-t-il en s’adressant au panard et je ne sais