Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/937

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gnie célèbre, n’ont-elles pas pour devise : « être ce qu’elles sont ou ne pas être ? »

À diverses reprises, M. Michel Chevalier put voir ce qu’il en coûte de résister à ce courant d’opinions. Rien de plus significatif que ce qui se passa au sujet de l’exposition de Londres en 1851. Jusque-là il avait, comme écrivain spécial et pour ainsi dire désigné, fait partie de tous les jurys ; on l’avait même compris dans la commission préparatoire. Pourtant son nom ne figura pas sur la liste définitive : il fut châtié par prétention. L’Institut se montra de meilleur goût. Les académies ont cet avantage, que les opinions les plus diverses s’y supportent et s’y éclairent avec une dignité et une convenance sans égales. M. Michel Chevalier était là près de ceux qu’il avait le plus vivement combattus, M. Thiers entre autres, et pourtant, quand il s’agit d’envoyer à Londres quelques membres pour y étudier les faits, M. Michel Chevalier se trouva sans aucune objection, le plus naturellement du monde, désigné avec M. Blanqui. À leur retour, les deux délégués présentèrent un rapport qui est aux archives de l’Institut, et où les considérations générales tiennent la place qui convient dans un document de cette nature. Il renferme de belles pages sur la liaison intime qui existe entre l’avancement de l’industrie et l’état des civilisations, sur l’influence qu’exercent dans l’économie du travail les mœurs, les doctrines admises, les qualités de race et surtout la religion dominante.

Nommé plus tard membre du conseil d’état, membre et président du conseil-général de l’Hérault, le consciencieux économiste a su garder toute son indépendance. Vers la fin de 1852, quand le président du sénat, parlant au nom de ce corps, exposa dans un document public les idées qui avaient inspiré la constitution du nouvel empire, M. Michel Chevalier regarda comme un devoir d’y relever quelques passages où l’économie politique était assez maltraitée. On la représentait comme « une théorie funeste, un piège adroit, imaginés en vue d’anéantir nos fabriques et de ruiner notre production nationale. » Ces mots étaient durs, et ils ne passèrent pas sans protestation ; une lettre insérée dans les Débats eut pour objet de les combattre. M. Michel Chevalier y usa d’adresse : il mit les deux empires en présence, l’ancien et le nouveau, et, cherchant des armes partout, il releva dans le Mémorial de Sainte-Hélène, où les contradictions ne manquent pas, ce passage assez singulier : « Nous devons nous rabattre désormais sur la libre navigation des mers et l’entière liberté d’un suffrage universel. » En même temps il empruntait à la comparaison des tarifs des preuves un peu plus convaincantes ; il rappelait que, sous le premier empire, les subsistances étaient exemptes de droits, les matières premières, la fonte en gueuse également, tandis qu’au taux du moment cette fonte payait 77 francs par tonne, et que les