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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/894

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« A mesure que je priais, quelques-uns se mettaient à pleurer, puis à sangloter tout haut, d’autres criaient merci. Je me levai et je prononçai une exhortation, puis je chantai une hymne. La jeune fille qui m’avait invité demeurait prosternée, implorant le pardon du ciel. Je continuai d’exhorter, de prier et de chanter presque toute la nuit. Quinze des personnes présentes se déclarèrent converties. Nos exercices continuèrent le jour et la soirée qui suivirent, et de nouvelles et sérieuses conversions eurent lieu. »


Il fait beau voir Cartwright disputer ses convertis aux missionnaires des autres sectes, aux baptistes surtout, qui viennent glaner derrière lui, et qui essaient de détourner une partie de son troupeau. Il a mille finesses pour faire tomber ces ravisseurs dans toute sorte de pièges et pour les couvrir de confusion. Prend-il à son tour l’offensive, il déploie la même habileté dans l’attaque que dans la défense. S’il n’est point connu dans le pays, il jouera le rôle d’un converti qui demande à s’instruire, et de question en question il arrivera à démontrer à son maître par la méthode socratique l’absurdité de sa doctrine. Ce sont là ses batailles et ses victoires à lui ; mais ne lui parlez pas d’autres conquêtes, et n’attendez pas qu’il prenne le moindre souci des puissans de ce monde. Un jour qu’il prêche dans l’église d’un confrère sur ce thème : « Que sert à l’homme de gagner le monde s’il vient à perdre son âme ? » il se sent tirer par le pan de son habit, et son confrère lui souffle à l’oreille : « Le général Jackson vient d’entrer. » Cartwright s’indigne et répond de façon à être entendu de tous : « Qu’est-ce que le général Jackson ? S’il ne se convertit pas, Dieu le damnera aussi bien que le dernier des nègres. » Grand émoi du ministre, qui gronde Cartwright après l’office, et l’assure que le général ne manquera pas de châtier son insolence. « Je n’en crois rien, répond Cartwright, le général approuvera ma conduite, et s’il s’avisait de vouloir me donner une leçon, nous serions deux à ce jeu-là, comme dit le proverbe. » Là-dessus le ministre va pour son compte personnel faire des excuses au général, qui le reçoit fort mal, et qui, rencontrant Cartwright dans la rue, vient droit à celui-ci et lui dit : « Monsieur Cartwright, vous êtes un homme selon mon cœur. Je suis très surpris qu’on ait pu me croire blessé de ce que vous avez fait ; je ne puis qu’approuver votre indépendance. Un ministre de Jésus-Christ doit aimer tout le monde et ne craindre personne. Si j’avais une bonne armée et des officiers indépendans et intrépides comme vous, je me chargerais de conquérir l’Angleterre. » Comme la nature humaine ne perd jamais ses droits, Cartwright, après avoir rapporté cette anecdote flatteuse pour lui, ajoute incontinent : « Le général Jackson était certainement un homme extraordinaire. »

C’est au milieu des camps religieux que Cartwright se trouve