Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/886

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour civiliser et christianiser les pauvres païens de l’ouest. Ils arrivaient avec une instruction passable et quelques bribes de la vieille théologie calviniste. En général, ils étaient assez bien munis de vieux sermons manuscrits qui avaient été prêches ou écrits il y a peut-être cent ans. Ils en savaient quelques-uns par cœur, mais le plus souvent ils les lisaient. Cette méthode de lire les sermons n’avait aucun cours dans notre monde de l’ouest ; aussi ne produisaient-ils point une bonne impression sur le peuple. Là grande masse de nos gens de l’ouest voulaient un prédicateur qui pût monter sur un arbre, une pierre ou un vieux tronc, ou se lever au milieu d’un wagon, et là, sans notes et sans manuscrit, citer par cœur la parole de Dieu, la commenter et l’appliquer aux cœurs et aux consciences. Aussi les efforts de ces missionnaires de l’est n’eurent-ils pas un résultat très flatteur. Les prédicateurs méthodistes avaient été vraiment les pionniers de la croix dans tout l’ouest, ils avaient formé des sociétés nombreuses et bâti des églises tous les cinq milles, ils avaient des centaines de prédicateurs itinérans et sédentaires, tous ministres respectés et utiles de Jésus-Christ. Malgré tout cela, ces missionnaires, à peine sortis de leur coque, n’écrivaient guère dans les vieux états que des plaintes et des lamentations sur les besoins moraux et la déplorable condition de l’ouest. Ces lettres étaient lues dans l’est et y excitaient une compassion profonde pour notre état de paganisme. C’est ainsi que des missionnaires, après avoir occupé nos chaires et avoir prêché devant de nombreuses et respectables assemblées de méthodistes, faisaient de nous un tableau lugubre. Ces lettres ne manquaient pas d’être publiées et de nous revenir imprimées tout au long dans leurs journaux. Quelle confiance le peuple pouvait-il avoir en des missionnaires qui avançaient comme des faits positifs des choses qui n’avaient pas même un semblant de vérité ? J’en ai vu beaucoup s’enlever ainsi toute possibilité d’être utiles et tout crédit sur le peuple : ils avaient détruit toute confiance dans leur véracité et leur droiture, et ils faisaient calomnier les voies du Seigneur. Eu une certaine occasion, à l’arrivée de rapports mensongers de ce genre, les habitans de Quincy [1] convoquèrent une réunion composée presque entièrement de méthodistes, et, après avoir débattu la question, s’engagèrent à me donner mille dollars par an et à payer tous mes frais de voyage, si je voulais aller en mission dans les états de la Nouvelle-Angleterre pour les éclairer sur ce point et sur bien d’autres sur lesquels leur ignorance paraissait profonde. Des circonstances indépendantes de ma volonté me firent refuser cette offre généreuse.

« Mais, si cela m’avait été possible, avec quelle joie et quelle ardeur j’aurais entrepris cette agréable tâche ! Comme j’aurais été fier d’éclairer ces gens de l’est, et de leur apprendre à garder pour eux ces ministres de leur propre fabrique, ou à leur donner un emploi plus honorable et plus approprié à leur intelligence que de lire de vieux sermons moisis et rongés des vers ! En y regardant de près, tout homme un peu instruit serait ébahi de l’importance et de la présomption de ces petits messieurs de fabrique indigène. S’ils voulaient s’arrêter devant Jéricho jusqu’à ce que leur barbe fût

  1. Dans l’Illinois.