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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/885

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coquetterie, l’ivrognerie et l’esclavage, et il prêchait rarement sans tomber sur ces trois démons comme un véritable serviteur de Dieu. »


Les prédicateurs comme Axley prêtaient aisément à rire aux Yankees, c’est-à-dire aux émigrans venus de la Nouvelle-Angleterre, gens à la langue bien pendue, ardens à la controverse, et qui apportaient dans l’ouest toutes les hérésies raffinées sorties du puritanisme, avec toute espèce de systèmes philosophiques. Ce n’était pas une médiocre affaire pour un pauvre prédicateur des bois, armé de sa seule Bible, de tenir tête à tous ces beaux-esprits, féconds en sophismes. Aussi l’un de ces prédicateurs disait-il que la lutte contre l’unitarianisme, l’universalisme et tous les ismes de l’est avait été pour lui la meilleure école, et que rien ne lui avait mieux aiguisé l’esprit. Si les émigrans lettrés affectaient quelque dédain pour les prédicateurs méthodistes, il n’en était pas ainsi du gros de la population, qui voyait avec une faveur marquée ces hommes rudes et vigoureux, marqués à son sceau et vivant de sa vie. Ne partageaient-ils pas ses privations et sa gêne ? Ne les voyait-elle pas coucher sur la dure, se contenter d’un morceau de pain, et, au besoin, s’en passer ? Ne portaient-ils pas comme elle les étoffes grossières tissées sous le chaume, et ne fallait-il pas souvent qu’une main charitable réparât et remplaçât ces vêtemens déchirés à toutes les ronces du chemin ? Quand l’émigrant, en sa pauvre cabane, voyait déboucher de la forêt, sur un cheval exténué, un homme au teint hâlé, aux traits fatigués, quelquefois les vêtemens ruisselans encore de l’eau d’une rivière qu’il avait fallu traverser à la nage, et que cet homme, après lui avoir demandé de dormir sous son toit et de prier ensemble, lui parlait la langue simple et expressive du peuple, avec ses images familières et ses naïves séductions, il sentait son cœur s’ouvrir tout naturellement. Le ministre bien renté qui, dans la ville voisine, débitait tous les dimanches à sa congrégation un sermon compassé, pouvait être un grand clerc ; mais le prédicateur aux habits de bure, qui souvent n’avait pas un dollar en poche, mais qui savait trouver le chemin des cœurs, celui-là était bien l’homme de Dieu.

Aussi, lorsqu’au bout d’un demi-siècle les églises savantes des états voisins de l’Atlantique s’avisèrent enfin de songer aux besoins spirituels de l’ouest et voulurent faire des recrues sur les bords du Mississipi, leurs efforts furent médiocrement goûtés par les populations. Celles-ci d’ailleurs se sentaient blessées qu’on ne les crût pas tout aussi chrétiennes et tout aussi éclairées que les Yankees. Écoutez cette vive satire des prédicateurs de l’est :

« A cette époque, on envoya dans nos pays bon nombre de jeunes missionnaires