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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/82

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réchal de Montmorency, qui les plaça dans son château d’Écouen. Transportées plus tard par Richelieu en Poitou, puis dans son habitation du faubourg du Roule, elles furent mises en vente en 1793, et Lenoir les acheta pour le musée des monumens français. Elles se trouvent aujourd’hui dans l’une des salles consacrées aux sculptures de la renaissance.

Il faut maintenant revenir en arrière et reprendre la suite des événemens au point où on les a laissés pour s’occuper d’une œuvre qui n’a tenu qu’une trop grande place dans la vie de Michel-Ange. A son retour de Bologne, au commencement de 1508, il avait trouvé Jules II non point refroidi à son égard, mais préoccupé de nouveaux projets. Il ne parlait plus de son tombeau, et était tout entier à la reconstruction de Saint-Pierre, qu’il avait confiée à Bramante. Raphaël commençait dans ce même temps les fresques de la salle de la Signature, et les deux biographes de Michel-Ange, dont on peut, il est vrai, suspecter sur ce point le témoignage, s’accordent à dire que l’architecte de Saint-Pierre, jaloux de la supériorité du sculpteur florentin, craignant qu’il ne découvrît les erreurs dont ses constructions récentes portaient la trace, les malversations dont il n’était peut-être pas innocent, conseilla au pape de lui confier les peintures de la voûte de la chapelle dédiée à Sixte IV. Jules adopta cette idée, fit venir Michel-Ange, et lui ordonna de commencer aussitôt. Buonarotti ne s’était pas occupé de fresque depuis son apprentissage chez le Ghirlandajo, il savait que la peinture d’une voûte n’est pas chose facile. Il s’excusa, proposa Raphaël, disant que pour lui il n’était que sculpteur, et qu’il ne réussirait pas. Le pape fut inflexible, et Michel-Ange commença, le 10 mai 1508, cette voûte, le plus prodigieux monument peut-être qu’ait jamais enfanté l’esprit humain.

Jules avait chargé Bramante de construire les échafauds nécessaires; mais il s’y prit si mal, que Michel-Ange fut obligé de se passer de son secours et de tout faire par lui-même. Il avait fait venir de Florence quelques-uns de ses anciens camarades d’atelier, non point, comme le dit Vasari par la plus étrange des distractions, qu’il ignorât les procédés de la fresque, qui étaient connus de tous les artistes, de cette époque, et que l’élève de Ghirlandajo avait lui-même pratiqués, mais parce que ses anciens camarades d’atelier en avaient plus que lui l’habitude, et qu’il désirait se faire aider dans un travail de cette importance. Il fut cependant si peu satisfait de leur manière, qu’il effaça ce qu’ils avaient fait, et sans aucun secours étranger, s’il faut en croire son biographe, broyant lui-même ses couleurs et préparant son mortier, il s’enferma dans la chapelle, y allant au point du jour, n’en sortant qu’à la nuit close, dormant même souvent tout habillé sur ses échafauds, ne s’accordant qu’un léger repas à la fin de la journée, et ne montrant à personne les travaux commencés. A peine s’était-il mis à l’œuvre que survinrent des difficultés imprévues qui furent sur le point de lui faire tout abandonner. Les couleurs encore fraîches se couvraient d’une sorte de moisissure dont il ne pouvait découvrir la cause. Il retourna désespéré chez le pape, et lui dit : « J’avais bien prévenu votre sainteté que la peinture n’était pas mon art. Tout ce que j’ai fait est perdu, et si vous ne me croyez pas, chargez quel-