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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/773

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LES
ECRIVAINS A ROME



Parmi les artistes qui vont à Rome, on paraît croire qu’indépendamment des émouvans souvenirs que rappelle la ville aux sept collines et des chefs-d’œuvre d’art qui y sont réunis, le ciel même de Rome est doué d’une vertu particulière, et suffirait seul pour communiquer l’inspiration ; c’est une opinion assez générale, surtout parmi ceux qui en sont revenus. Le ciel de Rome a peut-être acquis cette action bienfaisante ; mais ce qui est certain, c’est qu’il ne l’a pas toujours possédée. S’il est pour quelque chose dans le caractère qu’a pris le génie de Rome aux temps anciens, cette influence ne justifie guère sa poétique réputation : rien de plus positif, de plus rudement pratique que le génie romain. À côté de vertus plus ou moins constatées, vertus âpres et sèches dans leur énergie, deux faits dominent l’histoire de Rome : au dedans, l’implacable guerre du riche au pauvre, l’usure à outrance, le règne de la chicane, la dépossession sournoise du citoyen ; au dehors, la dépossession violente de l’étranger, la guerre de conquête. Ce dernier caractère est encore ce que Rome a de plus idéal ; c’est là l’unique rôle que lui assigne le plus grand, le plus humain de ses poètes, Virgile. Quant à ce qui constitue vraiment la civilisation, il lui conseille de laisser cela à d’autres. Si le compliment est étrange, il est au moins mérité. Rome ancienne n’a pas produit un seul artiste, et presque tous ses écrivains célèbres sont nés hors de son sein.

Un seul de ses grands poètes est né à Rome, et précisément il est