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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/681

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compromit par d’odieuses violences les intérêts sacrés de la justice et de la paix publique. Si grands qu’ils soient, ces excès ne doivent point faire oublier les résultats durables. Dérobons-nous au spectacle des désordres contemporains, et des sphères toujours sereines de la morale et du droit essayons de porter sur l’ancien et le nouveau régime un jugement impartial.

La condition des populations rurales touche à toutes les sciences qui règlent la grandeur des peuples : au droit par l’état juridique des personnes et des terres, à l’économie politique par les problèmes de la production et de la consommation, à la morale par les relations qu’entretiennent ensemble les diverses fractions de la société.

Prenons d’abord le droit privé, et suivons l’ordre du code civil. Le premier livre traite des personnes : l’abolition de la main-morte, la condamnation légale du servage, la reconnaissance de la liberté personnelle, ouvrent brillamment la législation nouvelle. Depuis longtemps et dans presque toute la France, le servage avait cessé ; mais Louis XVI, en abolissant le droit de parcours, n’avait pas osé étendre la réforme au-delà de ses domaines, et la Franche-Comté donnait un démenti à Voltaire, qui disait : « La France ne connaît point d’esclaves ; être Français, c’est être libre. » La liberté personnelle de chacun conduit à l’égalité de tous : la noblesse, il est vrai, peut vivre sans le servage ; mais en France ces deux formes sociales avaient été si longtemps unies qu’elles devaient s’évanouir en même temps. On n’enlève pas une partie d’un édifice sans ébranler l’édifice tout entier. C’est ainsi que le jour où la patience du tiers-état eut lassé la résistance de la noblesse et du clergé, le jour où les trois ordres disparurent dans l’unité d’une assemblée nationale, les provinces disparurent dans l’unité de la France, les classes dans l’unité de la nation, les droits dans l’unité de la législation. Un des succès les plus éclatans que la révolution réservait aux populations agricoles était le silence même gardé dans le premier livre du code civil sur l’ancienne classification de la société. Au premier abord, les dispositions sur l’absence, le mariage, la paternité, la filiation, la puissance paternelle, la majorité, la minorité, l’adoption, n’intéressent point directement des hommes qui consacrent leur vie à semer et à récolter. Il était cependant d’un intérêt général qu’à la confusion des coutumes provinciales, à l’incertitude des jurisprudences parlementaires, succédât un texte précis, une loi nationale, et que cette loi prît pour base cette double règle : « Tous les Français jouissent des droits civils ; tous les Français sont égaux devant la loi. »

Dans les civilisations les plus diverses, l’état de la personne et