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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/674

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majesté romaine compromise par les déchiremens d’une secte juive ! De quel œil méprisant avait-il lu sur la muraille l’édit impérial contre Athanase, mélange de dialectique subtile et de brutalité arrogante, signé d’une main parricide ! Combien de fois, en levant les yeux vers le ciel, avait-il vu se dresser entre le Dieu de Constance et lui l’image sanglante d’un père qu’il n’avait pas connu et d’un frère qu’il n’osait pleurer ! » Si dans un excès de zèle on était tenté de reprocher à M. de Broglie de s’être trop bien associé par l’imagination à l’état moral, aux émotions secrètes d’un personnage odieux à l’église, j’opposerais à cette peinture le tableau plein de charme, inspiré cette fois par une sympathie véritable de sentimens et de croyances, dans lequel il a retracé avec amour la pieuse amitié de deux compagnons d’étude de Julien : saint Grégoire de Nazianze et saint Basile.

Tant que Constance vécut, Julien, bien qu’élevé au partage de l’empire, n’eut occasion de montrer que sa rhétorique trop indulgente pour le meurtrier d’un père et, ce qui valait mieux, les qualités du soldat et du capitaine, alliées, M. de Broglie le reconnaît, au désir sincère de purifier son âme et de l’élever à la ressemblance de la Divinité. Et ce n’était pas seulement à une vertu spéculative qu’il aspirait ; il repoussait les délateurs, et il prouvait, chiffres en main, à un préfet des Gaules dont il revoyait les comptes, qu’il n’y avait pas lieu à lever un impôt extraordinaire. Sa situation délicate auprès d’un empereur aussi intolérant que Constance et aussi terrible à sa famille fait comprendre, sans les absoudre, les démonstrations hypocrites de christianisme qu’il se crut obligé de faire. Menacé par Constance du sort de Gallus, il dut saisir l’empire pour sauver sa vie. Dès ce moment, il leva le masque, consulta ouvertement les devins, immola une hécatombe, et, dans une lettre aux Athéniens, mit son entreprise sous la protection de Pallas. Constance n’eut pas le temps d’être détrôné. Il mourut, dit M. de Broglie, au milieu des malédictions des chrétiens, dans les bras d’un hérétique, et laissant le trône à un apostat.

On ne voit pas que l’avènement de Julien ait consterné l’église. Opprimée par un empereur arien, elle ne pouvait perdre beaucoup à passer sous les lois d’un empereur philosophe, qui, s’il remettait le paganisme en honneur, promettait la liberté des cultes. La haine des sectes est plus vive que la haine des religions. Aussi saint Jérôme s’écriait à l’avènement de Julien : « Le Seigneur se réveille, la bête meurt, et la tranquillité revient. » Au moment où il rouvrait les temples des dieux et remplissait avec une dévotion empressée, jusque dans ses plus humbles détails, sa charge de grand-pontife, Julien proclamait hautement la tolérance. « Les erreurs sur la nature des dieux, disait-il, ne peuvent se corriger ni par le fer ni par