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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/668

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étaient l’œuvre des soldats. Constantin avait détruit à Rome le corps des prétoriens, il avait rasé leur camp ; mais l’armée d’Orient avait pris leur place. Le despotisme suscite toujours tôt ou tard des prétoriens, son besoin et son châtiment. Le règne de Constance fut le triomphe de l’arianisme ; sous lui, l’empire fut décidément hostile à l’église. Aux ménagemens succédèrent bientôt les violences. Constance commença par les ménagemens ; son frère Constant, catholique zélé, avait renvoyé Athanase de son exil de Trêves à son siège d’Alexandrie. Constance ne s’y opposa point, mais permit en même temps qu’Eusèbe de Nicomédie, chef du parti contraire à saint Athanase, s’emparât violemment du siège de Constantinople. « C’était la seconde fois, dit M. de Broglie, qu’Eusèbe donnait ainsi l’exemple de quitter pour un motif d’ambition le siège épiscopal, que tous les canons l’obligeaient de garder jusqu’à la mort. Né pour vivre auprès des souverains, il lui semblait tout simple de suivre la cour partout où elle se transportait. Sans attachement pour les diverses églises, il n’avait de constance que dans son dévouement à la fortune. » Le parti de la cour dans l’église voulait à tout prix chasser d’Alexandrie l’évêque indépendant. Un concile ou plutôt un conciliabule des évêques de ce parti se forma dans la ville d’Antioche, et, sans nommer Athanase, inséra dans des canons habilement rédigés des déclarations où la haine et la servilité se montrent également. On y lisait ces paroles à l’adresse du saint évêque : « Et celui qui persévère à troubler l’église, qu’il soit puni comme séditieux par la puissance du dehors ! » Puis le prétendu concile obtint de la puissance du dehors qu’une escorte de soldats irait introniser à la place de saint Athanase un certain Grégoire, autrefois son protégé et devenu son ennemi. Cette intronisation violente s’accomplit au milieu de scènes hideuses. Athanase alla défendre sa cause à Rome, où le siège de saint Pierre prenait chaque jour plus d’autorité, grâce à son indépendance, que favorisait son éloignement. Le pape Jules répondit aux évêques d’Orient par une lettre sévère que terminaient ces paroles, où respire le sentiment du droit dont l’église romaine se considérait dès lors comme investie : « Et puisqu’il s’agissait du siège d’Alexandrie, pourquoi ne nous avez-vous pas écrit ? Ne savez-vous pas que c’est la coutume, en pareil cas, de nous écrire premièrement, afin que ce soit d’ici que vous vienne la décision ? »

Tandis que le parti catholique triomphait à Rome, à Constantinople l’intrusion de l’évêque Macedonius à la place de Paul, ami de saint Athanase, suscitait une émeute terrible. Constance, qu’elle effraya, voulut rétablir la paix par un concile convoqué à Sardique. Les orthodoxes y étaient en majorité ; la minorité se sépara, et alla former à vingt lieues de là un contre-concile. Celui-ci s’élevait