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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/659

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Constantin vint chercher Maxence à Rome, il vint attaquer l’armée païenne dans la vieille forteresse du paganisme. Maxence sortit de Rome et s’avança au-devant de son ennemi. Tous deux se rencontrèrent à neuf milles de la porte Flaminienne, par conséquent assez loin du pont Milvius, que M. de Broglie suppose, je crois, trop près du pont de bateaux qui vit la mort de Maxence. On peut faire un reproche semblable à Jules Romain dans sa magnifique fresque du Vatican ; mais au lieu de chicaner les deux habiles peintres de cette grande bataille ; il vaut mieux aller visiter le tableau et relire le récit. En expiation de ma minutieuse critique, j’aime à citer les belles lignes inspirées par la vue de ce lieu mémorable : « Des hauteurs qui dominent sur ce point la voie Flaminienne, on peut apercevoir tout le bassin de la plaine du Latium, théâtre des âpres combats qui ont posé l’inébranlable fondement de la grandeur romaine. Au pied d’un amphithéâtre de montagnes se dessine le profil de la grande cité, projetant le reflet de ses édifices dans les ondes jaunâtres du Tibre. Jamais la Providence ne prépara à une action solennelle un cadre plus magnifique. Sur les sommets de ces sept collines, chargées de temples, de palais, de souvenirs et d’années, tous les dieux du monde antique semblaient se dresser pour découvrir dans le lointain des airs l’étendard de la croix. »

Trois mois après sa victoire et son entrée triomphale à Rome, Constantin publiait à Milan le fameux édit qui proclamait la liberté religieuse, la liberté du culte chrétien et la liberté des autres cultes. De plus, Constantin ordonnait que les biens confisqués fussent rendus À la corporation des Chrétiens ; c’était reconnaître l’église comme un corps constitué, ayant le droit d’acquérir et de posséder. Liberté du culte, droit d’association, droit de propriété, voilà ce qui lui était accordé par l’édit de Milan ; c’était assez pour sa dignité et son indépendance. Toutes deux, sans avoir rien à désirer, auraient eu beaucoup à gagner, si l’autorité impériale se fût bornée à les reconnaître et à les respecter, et si elle se fût abstenue d’intervenir dans les affaires ecclésiastiques et dans les discussions de dogme qui ne la regardaient point ; mais les choses ne se passèrent pas ainsi.

Cette intervention se manifesta d’abord par des faveurs et par des bienfaits. L’empereur affranchit les prêtres chrétiens des fonctions municipales, considérées alors comme un fardeau, et auxquelles chacun cherchait à se soustraire, afin, disait l’édit, qu’ils pussent se consacrer plus entièrement à la Divinité. Peut-être cette mesure bienveillante cachait-elle la crainte que le clergé ne prît trop d’influence dans les affaires locales. En même temps qu’il éconduisait ainsi obligeamment les prêtres chrétiens du municipe, l’empereur cherchait à se les attacher par une preuve palpable de sa générosité : il ouvrait