Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/564

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


politique a jadis pris naissance. Dans ces pays mêmes, il y a longtemps que le pouvoir administratif a franchi ses anciennes bornes, et l’Angleterre fait chaque jour de nouveaux pas dans le sens de l’extension des devoirs du gouvernement central. La civilisation a des exigences, la démocratie a des besoins, qui ne permettent pas d’abandonner à l’activité volontaire des citoyens, ni même au zèle des localités certains intérêts plus moraux que matériels qui réclament surveillance et direction. Le principe de l’égalité veut une certaine uniformité dans la répartition des biens et des perfectionnemens sociaux. Par exemple, la justice serait blessée si une province était dotée de plus d’écoles primaires qu’une autre, ou que les mêmes vues de morale et d’humanité ne présidassent point partout au régime des prisons. Or cette uniformité ne saurait être obtenue sans une certaine centralisation ; mais, sous ce rapport, un parlement n’est pas moins centralisateur qu’un bureau ministériel.

Dans un ouvrage remarquable, l’Individu et l’État, on peut lire tout ce qu’il est possible de dire de plus ingénieux en l’honneur de cette tendance des temps nouveaux. Je ne reprocherai à M. Dupont-White que de s’en montrer trop charmé, et de prendre trop facilement son parti des inconvéniens qui y semblent attachés. Il était digne d’un esprit comme le sien de rechercher par quelle distinction il serait possible d’allier le progrès inévitable des attributions de l’état par la complication croissante des principes et des intérêts sociaux avec la conservation des habitudes d’indépendance et de concours volontaire qui paraissent inhérentes aux mœurs des peuples libres. Dans les intérêts habituels de la communauté, la pensée générale, la réglementation peut appartenir à l’état législateur, la surveillance et le contrôle à l’état administrateur, et l’action aux corporations locales, aux associations volontaires, aux individus. En tout cas, l’examen de l’organisation administrative de la France, dirigé dans un esprit libéral, suggérerait plus d’une innovation qui ajouterait à la liberté sans affaiblir le pouvoir politique, et surtout il prouverait que ce qui manque est encore plus l’esprit d’indépendance que les moyens d’être indépendans. Ce ne serait pas d’ailleurs aux adversaires du gouvernement parlementaire de se plaindre de la centralisation. Elle en est pour eux la compensation, et quand, avec la forme qu’elle a prise parmi nous, elle devrait entraîner quelque diminution de liberté civile pour la France comparée à l’Angleterre ou à l’Amérique, ce serait aux amis seuls de la liberté d’y trouver à redire. S’ils s’en accommodent, personne n’a droit de se montrer plus difficile.

Il semble démontrable par l’histoire de France que la partie la plus vitale de notre ordre politique a été la royauté. Malgré les blessures