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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/388

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tembre 1807, le procureur-général au conseil des prises fut donc officiellement informé par le grand-juge Régnier que l’empereur regardait tout bâtiment neutre sortant des ports anglais avec une cargaison anglaise comme pouvant être valablement saisi par les bâtimens de guerre français. En vain le représentant de l’Amérique à Paris, le général Armstrong, voulut savoir du ministre des affaires étrangères, M. de Champagny, « si sa majesté avait l’intention d’enfreindre les dispositions du traité alors existant entre les États-Unis et l’empire français. » Il ne put obtenir du ministre pour toute explication que des reproches sur l’humeur trop endurante dont les États-Unis faisaient preuve dans leurs rapports avec l’Angleterre, et une invitation assez impertinente à se joindre à la ligue que tout le continent européen formait contre elle. Au moment où, pour justifier l’application rigoureuse du décret de Berlin aux États-Unis, l’empereur les accusait ainsi d’avoir manqué à leurs devoirs comme neutres en ne défendant pas assez énergiquement leurs droits contre la Grande-Bretagne, le cabinet anglais s’autorisait de leur lâche soumission au décret de Berlin pour les faire tomber sous le coup des mesures par lesquelles il répondait au système continental. Les fameux ordres du conseil promulgués le 11 novembre 1807 défendaient en effet, sous peine de capture, à tout bâtiment de faire voile vers l’un des pays d’où le pavillon britannique était exclu sans avoir préalablement touché à l’Angleterre, payé un droit et obtenu licence de naviguer. Opposant aussitôt des représailles à ces représailles, Napoléon déclara par le décret de Milan (17 décembre 1807) que les navires qui se soumettraient aux tyranniques injonctions de ses ennemis seraient regardés en France comme dénationalisés, partant de bonne prise. Croyant sans doute pouvoir disposer des États-Unis comme il disposait de leurs navires, il fit savoir au président « qu’aux yeux de l’empereur il y avait en fait guerre entre l’Angleterre et l’Amérique, et que sa majesté la regardait comme déclarée depuis le jour où l’Angleterre avait publié ses décrets : » étrange langage, qui aurait pu dispenser le général Armstrong d’avertir son gouvernement qu’il s’était laissé tomber bien bas dans l’estime du monde, et qu’à Paris on se faisait une pauvre idée de sa fierté et de sa force! « On croit ici que nous ne pouvons pas grand’chose, et que le peu que nous pouvons, nous ne sommes même pas disposés à le tenter. »

L’accès de l’univers entier interdit par deux nations rivales au pavillon des États-Unis, leur commerce intercepté, quel que fût le lieu de ses expéditions, leurs navigateurs pillés par les Anglais s’ils n’allaient acheter à Londres licence de naviguer, et exposés, pour l’avoir achetée, à être capturés par les Français, la mère-patrie