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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/359

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pondit Jefferson, je ne sais ce qui, dans ma conduite publique ou privée, a pu autoriser un doute sur mon respect pour les engagemens publics. Quoi qu’il en soit, je suis bien décidé à ne pas entrer aux affaires par voie de capitulation. Je veux arriver au pouvoir libre, absolument libre de ne suivre que l’inspiration de ma raison. — S’il en est ainsi, monsieur, il faut que les choses suivent leur cours. » Et ils se séparèrent avec aigreur, Jefferson irrité de ce que le président n’avait pas voulu le comprendre à demi-mot, John Adams indigné de n’avoir pas obtenu de promesses formelles.

Même après avoir reconnu qu’ils ne pourraient, sans se perdre dans l’opinion de leur propre parti en dehors des chambres, prolonger leur résistance au vœu national, les représentans fédéralistes ne se rendirent qu’en donnant à Jefferson une marque de leur irréconciliable hostilité : au dernier tour de scrutin, ils votèrent en masse contre lui, et ne lui cédèrent la majorité que par l’abstention concertée de trois d’entre eux (17 février 1801). « C’est la déclaration de guerre de la bande, » écrivit aussitôt Jefferson à Madison. Il prévoyait la guerre avec plus de dépit que d’enthousiasme. Hamilton ne s’était pas trompé lorsque, cherchant à modérer l’ardeur de ses amis contre son rival, il les avait avertis que le caractère de ce prétendu fanatique promettait un système de temporisation, non de violence. Jefferson lui-même l’avait dit : « Je n’ai pas assez de passion pour trouver du plaisir à naviguer au milieu des tempêtes. » Dès qu’il s’était senti près de vaincre par la politique d’agitation, il s’était prononcé, dans le sein même de son parti, pour une politique calmante. Il savait fort bien que les forces qui font arriver les démocrates au pouvoir ne suffisent pas toujours à les y maintenir. Il voulait élargir sa base sans en changer; il voulait, sans se brouiller avec ses amis, rallier à lui toute cette masse honnête des amis du bien public qui se rattachait encore par habitude aux fédéralistes, comme aux défenseurs naturels du bon ordre, mais qui commençait à douter de la sagesse et du patriotisme de ses anciens chefs depuis que, par leurs manœuvres pour empêcher l’élection de leur plus dangereux adversaire, ils avaient failli troubler la paix intérieure du pays. « Tous ces braves gens, écrivait Jefferson, croyant déjà voir le gouvernement en dissolution, en sont venus à souhaiter ardemment l’administration même qu’ils avaient le plus redoutée, et à la regarder, après l’avoir obtenue, comme la fille de leurs œuvres. Les fautes des meneurs fédéralistes ont fait en une semaine ce qu’il nous aurait à peine été possible de faire en plusieurs années de doux et impartial gouvernement. Le gros de leur armée est aujourd’hui dans un état d’esprit qui l’amènera à se fondre avec nous, pourvu qu’aucune mesure excessive de notre part ne vienne le révolter de