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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/352

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sauvegarde. Quand une nation se précipite vers la liberté, elle pense à elle-même plus qu’à son gouvernement. Elle cherche qui la préserve, et non qui la guide.

Considérons maintenant l’état plus que les citoyens, le gouvernement plutôt que la liberté. On est, je crois, dispensé de prouver que tout le système de garanties qui vient d’être exposé est compatible avec la monarchie. Le fait a décidé la question. Il y aura dans trente ans deux siècles que cette union a été réalisée définitivement en Angleterre, et quelques états de l’Europe l’ont reproduite jusqu’ici avec quelque succès. A plus forte raison si c’est praticable dans la monarchie, ce doit l’être dans la république. Là-dessus encore point de difficulté.

On peut donc être roi et se résigner à voir rendre la justice par des juges qui, une fois nommés, ont peu à attendre de la couronne, la presse publier et discuter tout ce qui se passe dans la société politique, les délégués de l’autorité royale prêts à rendre compte, même juridiquement, de leurs actes, une assemblée librement élue contrôler avec la même liberté toutes les mesures du pouvoir. Et dans ces conditions le monde peut contempler à Londres une jeune mère recevant avec une grâce auguste les tributs de vénération et d’amour d’un peuple qui a vu croître sous son règne sa puissance et sa liberté, et dans Bruxelles un prince habile, reconnu de tous pour le plus sage de ceux qui portent la couronne.

Le principe monarchique, c’est-à-dire dans un personnage inviolable le titre héréditaire de chef du gouvernement, débarrasse les publicistes d’une épineuse recherche, celle de la constitution du pouvoir exécutif dans sa sommité, question qui est encore à résoudre pour les grandes républiques, et dont nous sommes dispensés de chercher la solution. Il nous paraît que la plus sage, dans ce dernier cas, serait la subordination du premier dépositaire de ce pouvoir aux assemblées, en telle sorte que, par l’origine comme par la dépendance, ce ne fût qu’un premier ministre qui n’y siège pas, mais dont le titre émane d’elles. Cependant cette solution aurait beau être la plus sage ou du moins la plus pratique, elle serait la plus mal reçue des peuples attachés ou habitués à la monarchie, et la leur conseiller serait hasardeux. Revenons donc à la royauté, et voyons si, entourée et servie par des agens responsables, enchaînée dans l’exercice de son pouvoir à des lois protectrices des citoyens, elle devient un des inutiles ressorts d’une machine impuissante et dangereuse par son impuissance même.

Si en effet les institutions dont nous avons parlé n’étaient jamais et ne pouvaient être que des obstacles à l’action, on ne voit guère comment de la jonction d’un pouvoir royal tant propre que délé-