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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/346

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hollandaise, polonaise ou sicilienne, et la France a pour se conserver en Europe bien autre chose à faire que l’Espagne. Plus forte à la fois et plus exposée, elle ne peut complètement oublier, en songeant aux droits de ses citoyens, les intérêts de sa grandeur.

Enfin il est en matière de gouvernement une question qui paraît fondamentale, et qui l’est en ce sens que les peuples la jugent telle. En politique, l’opinion est à peu de chose près aussi importante que la réalité. Or donc, à proprement parler, il n’y a que deux formes de gouvernement, la monarchie et la république. L’aristocratie, la démocratie constituent plutôt aujourd’hui le caractère d’un gouvernement que sa forme, et c’est l’ordre social encore plus que l’ordre politique qui décide du caractère du gouvernement. Quant à la liberté, elle peut pénétrer partout. Ce n’est pas elle, du moins ce n’est pas elle seule qu’il faut consulter pour choisir entre la république et la monarchie. Ni l’une ni l’autre heureusement n’a le privilège de la liberté, comme ni l’une ni l’autre n’est en soi et nécessairement incompatible avec le maintien de l’ordre et avec la force du pouvoir. Il n’est pas donné d’ailleurs à la pure sagesse de décider si une nation sera gouvernée par la forme monarchique ou républicaine. C’est un de ces points qu’il serait chimérique de décider pour elle contre son opinion, même contre ses préjugés. Si un peuple croit la république impossible, elle l’est; si un peuple la croit dangereuse, elle est dangereuse, car il ne fera pas ce qu’il faut pour faire durer ce qu’il juge impossible;, il ne fera pas même ce qu’il faut pour sauver du danger ce qu’il croit dangereux. Ce n’est pas seulement l’état, c’est le peuple qui est monarchique ou républicain. Laissez la monarchie aux peuples monarchiques et la république aux peuples républicains. C’est déjà bien assez que d’apprendre aux uns et aux autres à être libres, si le temps ne le leur a pas enseigné.

On voit au milieu de quelles difficultés, de quelles nécessités, doit s’établir la liberté politique là où elle ne se rencontre pas tout établie. Aussi ne peut-on éviter de trouver encore ici sur son chemin le doute de ces publicistes qui demandent s’il est bien nécessaire de se donner tant de peine pour un succès problématique, et si, l’ordre civil une fois constitué dans un esprit de justice, il ne faut pas se contenter d’organiser l’état pour la force et pour la durée. « Les hommages de l’histoire, diront-ils, n’ont jamais été refusés aux gouvernemens vigoureux et prévoyans qui, jaloux du bien public, ont veillé en même temps à l’honneur des peuples confiés à leurs soins. La tâche n’est pas déjà si mince qu’elle ne puisse suffire aux plus ambitieux. » Mais c’est parce que la tâche est grande qu’on n’a pas trop de toutes les ressources de l’art des constitutions pour