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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/326

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DE
LA LIBERTÉ CIVILE
ET POLITIQUE

I. — La Liberté, par M. Jules Simon, 2 vol. in-8°, Paris 1859.
II. — On Liberty, by Stuart Mill, London 1859.



On aurait grand tort de renoncer à traiter la philosophie comme une science abstraite et à la séparer de toute application, comme on le fait pour l’optique mathématique et pour la mécanique rationnelle. Ce serait risquer d’altérer peu à peu par des considérations particulières la généralité sévère de la vérité et de changer la science en un art pratique. La faute ne serait pas moindre et le danger serait peut-être plus grand, si jamais on ne tirait la philosophie de la sphère de l’abstraction pure pour la mettre en contact avec les faits, si l’on s’interdisait de la montrer confirmée par l’expérience et d’expliquer comment elle peut servir de contrôle et de règle à la conduite des choses humaines. Il ne faut pas moins de pénétration et de fermeté d’esprit pour établir ses droits au titre que lui donnait un ancien de maîtresse de la vie que pour la placer en reine fainéante sur le trône de la spéculation, et c’est peut-être à ceux qui savent expliquer comment la vérité est utile que la vérité doit le plus de reconnaissance.

M. Jules Simon, qui a commencé la philosophie par la science pure, qui de bonne heure s’est montré l’appréciateur clairvoyant