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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/324

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quiconque aura la guerre avec l’Autriche ne cherche pas à attaquer l’Autriche en Italie. Comme le traité d’Aix-la-Chapelle n’avait pas exclu tout à fait l’Autriche de l’Italie, il n’avait pas pu faire de l’Italie un état neutre; mais en attendant l’indépendance et la neutralité, ce traité donnait à l’Italie l’équilibre, qui est un acheminement à l’indépendance. De plus, dans cet équilibre, les puissances italiennes dominaient par le nombre et l’importance des territoires. Naples était un état italien, quoique ayant une dynastie espagnole. Il en était de même de Parme. Florence avait une dynastie autrichienne; mais cette dynastie devenait aussi italienne. Le pape, la république de Venise, de Lucques et de Gênes, Modène et la Sardaigne, toutes puissances italiennes. L’Italie avait donc la majorité et la prépondérance en Italie avec le traité d’Aix-la-Chapelle de 1748; elle avait regagné ce qu’elle avait perdu au traité d’Utrecht.

2° La guerre depuis deux siècles, quand elle a été longue et européenne, a toujours nui à l’indépendance de l’Italie et l’a sacrifiée.

Les guerres longues perdent l’Italie, les guerres courtes la sauvent. Rien ne prouve mieux cette vérité que la comparaison entre la guerre de la succession d’Espagne, qui finit, après douze ans, par le traité d’Utrecht, et la guerre de 1733, qui finit en 1735 et aboutit au traité de Vienne en 1738. Au commencement de la guerre de la succession, la Hollande et l’Angleterre proclamaient la nécessité d’empêcher la réunion des deux couronnes de France et d’Espagne, afin de maintenir l’équilibre européen, et elles proclamaient aussi la nécessité d’empêcher la réunion de l’Italie avec l’Espagne ou avec l’Autriche, afin de maintenir l’équilibre italien. Aussi dans tous les projets de partage qui précédèrent la guerre, toutes les fois que l’Espagne était donnée à la maison de Bavière ou à la maison d’Autriche, l’Italie méridionale était donnée à la maison de Bourbon, et le Milanais au duc de Savoie. On voulait à toute force éviter la contiguïté, soit de la France, soit de l’Autriche avec l’Italie; on cherchait donc à assurer autant que possible l’équilibre italien, et ce que nous appelons aujourd’hui l’indépendance de la péninsule. Voilà les maximes de la première année de la guerre de la succession, maximes excellentes et favorables à l’Italie. Je ne doute pas que, si la guerre avait été courte, ces maximes de bonne politique n’eussent prévalu dans le traité de paix; mais la guerre ayant duré douze ans, et pendant ce temps les passions de la guerre s’étant excitées et enflammées chaque jour davantage, on ne songea plus au maintien ni de l’équilibre européen ni de l’équilibre italien, on ne songea plus qu’à l’abaissement de la France. Qu’arriva-t-il pour l’Italie de cette prédominance des passions de la guerre sur les maximes de la politique? L’Italie fut sacrifiée, et le traité d’Utrecht y établit la domination de l’Autriche