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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/314

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milieu des états d’Italie, les bornes que l’empereur s’est prescrites par le traité, la garantie de tant de puissances, l’intérêt invariable de la France, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne, soutenues de leurs forces maritimes, tant de sûretés laissent-elles regretter un autre équilibre? »

Tout le monde en 1719 reconnaissait donc la nécessité de l’équilibre italien, quoiqu’on l’appliquât différemment; tout le monde faisait effort pour le rétablir en Italie, et l’Autriche elle-même consentait à créer un contre-poids à sa puissance en y faisant rentrer un prince de la maison d’Espagne, qui n’y entrait qu’à la condition de devenir Italien et de ne plus pouvoir être Espagnol.

Cependant l’empereur se repentit bientôt de cette concession, dont le roi d’Espagne lui-même ne se contentait pas. Il y avait toujours entre Charles VI et Philippe V l’idée de la grande monarchie espagnole qu’ils ne pouvaient pas se consoler l’un et l’autre de n’avoir pas recueillie tout entière. L’empereur pensait qu’en mettant un Bourbon à Parme et Plaisance et en Toscane, il avait séparé et compromis ses états d’Italie, le Milanais et le royaume de Naples. Philippe V de son côté, poursuivant ses réclamations en faveur de l’équilibre italien, demandait que les états de Mantoue, de la Mirandole et du Montferrat fussent rendus à ceux qui les avaient possédés, et que l’Italie fut remise dans son ancienne situation.

On peut supposer que les réclamations de Philippe V en faveur des petits états d’Italie qu’avait détruits l’Autriche n’étaient pas tout à fait sincères, et que si l’Espagne avait encore eu en Italie la prépondérance qu’elle avait pendant la dernière moitié du XVIe siècle et tout le XVIIe, elle se serait fort peu souciée de l’indépendance des petits états italiens; mais il ne s’agit pas en politique de sonder la conscience de ceux qui défendent les bons principes. Il faut considérer les causes et non les avocats. On peut même, si l’on a l’esprit disposé à l’optimisme, croire que les intérêts ne changent dans le monde qu’afin que les principes rencontrent toujours un appui quelque part. Il y a cinquante ans, l’Autriche, luttant contre la France, proclamait hautement l’indépendance de l’Italie, et l’archiduc Jean disait aux Italiens en 1809, les encourageant à secouer le joug de la France : « L’Italie reprendra une vie nouvelle; elle reprendra un rang parmi les grandes puissances de l’Europe, comme elle en avait un autrefois, comme elle doit l’avoir un jour ou l’autre. » En 1859, c’est la France qui défend contre l’Autriche l’indépendance de l’Italie. Je sais des gens d’esprit sceptique qui diront qu’une indépendance que ne défendent que ceux qui ne peuvent pas l’opprimer est bien près d’être une chimère. Je ne suis pas de cet avis, et je pense au contraire qu’une indépendance que défendent tous ceux qui sont impartiaux par nature ou par nécessité est un