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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/308

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sentiels de ce traité sont : 1° le maintien de l’équilibre européen par l’interdiction de la réunion de l’Espagne et de l’empire; or le maintien de l’équilibre européen est surtout favorable aux petits états de l’Italie, comme à tous les petits états de l’Europe, qui ne vivent et ne gardent leur indépendance que sous la protection de l’équilibre européen. Le second principe du traité est : point de contiguïté entre l’Autriche et l’Italie. La maison d’Autriche pourra régner en Espagne; mais l’Espagne sous la maison d’Autriche n’aura plus le Milanais, afin qu’il n’y ait aucune contiguïté possible entre l’Autriche et l’Italie, et comme il ne faut pas que la contiguïté refusée à l’Autriche profite, même de loin, à la France, le Milanais sera donné au duc de Lorraine ou au duc de Savoie.

Aucun traité ne témoigne mieux que le traité de partage de 1700 l’intention de la diplomatie occidentale d’assurer ou de rétablir l’indépendance de l’Italie.

On sait comment ce traité manqua son effet. Charles II, roi d’Espagne, faible d’esprit et faible de corps, n’avait qu’une idée, le souvenir de la grandeur de la monarchie espagnole, et il s’indignait que l’Europe voulut démembrer cette monarchie. Spectacle curieux et presque touchant que cette obstination du roi d’Espagne à croire à la grandeur de l’Espagne, et d’aimer mieux pour ainsi dire la décadence en bloc que le démembrement, dût ce démembrement devenir une régénération ! En faisant cette réflexion, je pense malgré moi au sultan Abdul-Medjid, qui, nourri aussi dans l’idée de la grandeur de l’empire ottoman, vit et mourra dans l’adoration personnelle de la grandeur ottomane.

Tel était Charles II d’Espagne, qui, cherchant à prolonger après lui cette grandeur espagnole qu’il n’avait pas pu soutenir, légua son empire au petit-fils de Louis XIV, comme à celui qui pourrait mieux le défendre. Louis XIV eut à choisir entre le testament qui donnait une couronne à sa famille et le traité de partage qui donnait à la France plusieurs belles provinces. Il choisit la couronne. Le choix fut malheureux de plusieurs côtés : malheureux pour la France, qui fut sur le point de perdre toutes les conquêtes qu’elle avait faites au commencement du règne de Louis XIV, et qui n’eut ni la Lorraine ni la Savoie; malheureux pour l’Italie, qui y perdit son indépendance et qui vit le royaume de Naples et le Milanais tomber aux mains de l’Autriche; malheureux enfin pour l’Espagne, qui fut démembrée par la guerre comme elle l’aurait été par le traité de partage.

Que fit l’Italie pendant la guerre de la succession, et comment témoigna-t-elle du désir qu’elle avait de conserver ou de recouvrer son indépendance? Le duc de Savoie tâcha de s’agrandir et s’agrandit en effet en s’alliant tantôt avec la France contre l’Autriche et ses alliés, tantôt contre la France avec l’Autriche et ses alliés. Ce-