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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/282

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caniques qui s’y font ressentir parfois semblent annoncer que le mouvement d’ascension n’est point terminé, et que cette partie du continent en est encore à sa période de croissance. A mesure que les montagnes s’élèvent en hauteur, l’abondance des pluies diminue, et avec elles par conséquent le volume des eaux mississipiennes et le niveau des grands lacs du Canada. Il ne faut donc pas s’étonner que tout l’espace compris entre la Sierra-Nevada et les Alleghanys porte des traces évidentes de l’antique séjour des eaux. Le bassin d’Utah était rempli par une véritable mer beaucoup plus considérable que le grand Lac-Salé de nos jours; les mauvaises terres, où maintenant on ne trouve plus une goutte d’eau, étaient recouvertes par une immense plaine liquide; les prairies de l’ouest étaient des lacs ou des marécages, et ces longues rivières, le Nebraska, le Kansas, la Canadienne, où le plus souvent il n’y a pas même assez d’eau pour le flottage, étaient des fleuves considérables. Les observations des géologues nous permettront désormais de savoir comment et dans quel espace de temps s’opère le rétrécissement du bassin lacustre.

L’endroit où s’élève maintenant la puissante ville de Chicago nous offre un exemple remarquable de la manière dont s’accomplit ce phénomène. Deux rivières, Chicago-Nord et Chicago-Sud, séparées du lac Michigan par une simple langue de terre sablonneuse, viennent à la rencontre l’une de l’autre, et se déversent dans le lac par une embouchure commune, longue d’un kilomètre environ. Que sont ces deux rivières, formant ensemble un arc de cercle concentrique autour de la rive actuelle du lac, sinon une ancienne baie que l’exhaussement d’un banc de sable et sa transformation en levée naturelle ont d’abord changée en lagune? Toutes les sources, toutes les ravines d’eau qui débouchaient au nord et au sud dans cette lagune allongée n’ont pas manqué d’apporter leurs alluvions et de hausser progressivement leur lit aux deux extrémités, de manière à se donner une pente égale pour leur écoulement. Peu à peu toutes ces eaux ont pris pour déversoir le canal par lequel le lac et la lagune communiquaient ensemble. L’examen du sol nous montre aussi que la Rivière des Plaines elle-même, affluent du Mississipi, se déversant parfois dans le Chicago pendant la saison des pluies, suit dans son cours une ancienne plage du lac Michigan. C’est ainsi qu’une baie se change en lagune, une lagune en rivière, et que sur les bords de la mer un courant d’eau douce peut en venir à remplacer l’étendue des eaux salées. Dans le cours des siècles, l’étang de Thau, voisin des côtes de Provence, et dont la forme est déjà si allongée, pourra se rétrécir encore et servir de lit à deux rivières qui s’écouleront ensemble par l’embouchure actuelle de l’étang.