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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/269

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tans de l’Amérique du Nord se fait équilibre dans tous les sens. Les premiers colons s’établirent tous sur les rivages de l’Atlantique, au pied de la chaîne des Alleghanys, dans une étroite zone qui, par suite de sa grande longueur, se partagea tout naturellement, comme l’Italie, en plusieurs états distincts, et fit à ses habitans une nécessité géographique de l’organisation fédérale. Quand les Américains fondèrent la ville de Washington pour en faire la capitale commune des états indépendans, c’était là que se trouvait en effet le vrai centre de population de la république; mais dès la fin du siècle dernier l’émigration se porta vers les fertiles plaines de l’Ohio, et le centre de gravité politique se déplaça vers l’ouest. En 1820, ce point avait déjà dépassé la chaîne des Alleghanys; en 1850, il traversait l’Ohio près de la ville de Marietta, et de nos jours il continue à s’avancer incessamment vers l’ouest à raison d’environ 6 kilomètres par an. C’est évidemment aux environs de Saint-Louis que ce point établira définitivement son mouvement d’oscillation, car en étudiant le territoire des Etats-Unis, ses dimensions, sa fertilité, les phénomènes de son climat, on trouve que les contrées situées soit au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest de Saint-Louis, sont à peu près équivalentes en importance, et devront tôt ou tard nourrir le même nombre d’habitans. Saint-Louis n’est pas le centre géométrique des Etats-Unis, mais il n’en est pas moins le centre géographique. En effet, les plaines arides du Nebraska, les plateaux desséchés d’Utah et le versant montagneux du Pacifique feront un jour équilibre, grâce à leur vaste étendue, au bassin fertile de l’Ohio et aux états de l’Atlantique; de même les états du sud, moins favorisés par le climat et par la salubrité que ceux du nord, sont beaucoup plus grands et donnent de plus riches produits.

Saint-Louis, jadis ville française, est aujourd’hui complétement américaine, et la plupart de ses habitans d’origine canadienne ne parlent plus la langue de leurs ancêtres. Les noms mêmes des localités voisines ont été presque tous modifiés par la prononciation anglo-saxonne : c’est ainsi que le village de Vide-Poche, où les jeunes gens allaient autrefois gaiement débourser leurs écus dans les guinguettes, s’appelle désormais White-Bush (buisson blanc); de la même manière, nos soldats d’Afrique ont changé le nom de Smendou en celui de Chemin-Doux. On ne retrouve plus guère les colons français que dans les petites villes de l’intérieur, Sainte-Geneviève, Saint-Charles, Bellevue, Saint-Joseph, Hannibal, et sur les bords des affluens du Missouri, l’Osage, la Mine, la Gasconnade. Là ils s’adonnent à l’élève du bétail, à la culture des céréales et de la vigne, mais surtout à la production des pommes, qui forment dans ces contrées une des bases de l’alimentation, et, comme le pain, figurent à chaque repas. Malgré l’aisance que leur procurent