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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/267

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plages, la pierre ponce et les débris de lave se mêlent aux cailloux roulés et au sable granitique. Presque partout il coule à une grande profondeur dans un cañon ou kenyon, gorge étroite que la rivière a évidemment creusée dans le roc vif, à mesure que la chaîne des Rocheuses et le continent qui sert de base à ces montagnes s’élevaient au-dessus de la mer. C’est entre les derniers contre-forts de la chaîne volcanique, dans une gorge sauvage appelée la porte des Rocheuses, que le Missouri a fait, pour s’ouvrir une issue, son travail géologique le plus grandiose. Sur une longueur de kilomètres, les rochers s’élèvent perpendiculairement du bord de la rivière jusqu’à une hauteur d’environ 400 mètres. Le lit du fleuve est tellement encaissé entre ces sombres parois, qu’il a tout au plus 150 mètres de large, et de loin en loin seulement l’on peut trouver entre la muraille de rocs et le courant de l’eau un point d’appui assez large pour qu’un homme puisse s’y tenir debout.

Le Missouri traverse ensuite une région désolée que les Canadiens appellent du nom significatif de mauvaises terres. Sur une étendue d’environ 7,500 kilomètres carrés se groupent en désordre des collines plus ou moins pyramidales que l’on prendrait de loin pour les tours ruinées d’une cité gigantesque. En certains endroits, ces tours naturelles sont tellement rapprochées que le voyageur pourrait se croire transporté dans une des rues étroites des anciennes villes d’Allemagne. Les cimes de ces hautes protubérances sont parfaitement unies et s’élèvent toutes à la même hauteur, comme si un immense niveau eût passé sur elles toutes à la fois; sur leurs flancs, les stratifications, diversement colorées, d’argile et de sable ferrugineux se retrouvent également à la même élévation. La nature des couches prouve que jadis le sommet des collines actuelles était le fond d’un lac, et que l’exhaussement graduel du continent a forcé les eaux de ce lac à se creuser dans le sol friable une foule de kenyons irréguliers dirigés vers le Missouri et le Yellow-Stone. Peut-être aussi des mouvemens volcaniques ont-ils aidé à former des ravines en fracturant le sol, car on trouve dans le voisinage des mauvaises terres des amas énormes de pierres ponces, et, d’après Audubon, on y voit aussi un volcan en pleine activité, dont la tête est souvent environnée de fumée et de flammes rougeâtres. Ce pays aride est presque entièrement dépourvu d’eau et de végétation; il est encore bien peu visité, et peut-être sera-t-il traversé par le chemin de fer du Pacifique avant même que la topographie en soit bien connue.

Le Missouri n’entre réellement dans la grande vallée mississipienne qu’après avoir franchi les cataractes. Là, un vaste banc de rochers traverse le lit du fleuve, et celui-ci se fait une issue vers la plaine par une succession de sauts et de rapides d’une hauteur totale de 110 mètres, espacés de distance en distance sur une