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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/257

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plaint que personne ne se soit jusqu’à présent attaché à définir clairement la méthode, à en marquer avec précision le but et le caractère. Passant successivement en revue les théories les plus célèbres, il montre que les philosophes ont constamment confondu le problème de la méthode d’invention soit avec. Le problème de la certitude, soit avec le problème de la méthode d’enseignement, soit encore avec celui de l’origine de nos idées. Sans entrer dans les détails de la discussion, nous devons dire que M. Annoot justifie généralement les critiques qu’il élève, bien que lui-même ne rende peut-être point justice entière à l’analyse. Quant à lui, il semble se rapprocher de la théorie de Leibnitz, qui, pour découvrir la vérité, enseigne à rechercher partout ce qui est de nature à réaliser le plus d’ordre et le plus d’harmonie dans les choses : de là sans doute aux causes finales il n’y a qu’un pas; mais ce pas doit être un abîme pour tout véritable philosophe, et nous craignons que dans sa théorie dogmatique M. Annoot ne l’ait trop facilement franchi.

Un critique qui s’est déjà fait connaître par des travaux estimés sur le système de Krause, M. G. Tiberghien, professeur à l’université de Bruxelles, a essayé, dans des Études sur la Religion [1], d’éclairer un problème que le XIXe siècle a compris tout autrement que le XVIIIe, et dont la solution intéresse souverainement nos croyances et notre liberté. M. Tiberghien s’appuie sur cette base que la question religieuse appartient à la science, et que l’esprit humain est pleinement apte à la résoudre. Ce n’est donc pas une alliance impossible entre la raison et la foi que l’auteur cherche à établir, mais il prend pour point de départ avec Leibnitz [2] une sorte de révélation philosophique qui n’est autre chose que notre raison étendue et pouvant à elle seule discerner des vérités qui émanent immédiatement de Dieu. M. Tiberghien reconnaît tout d’abord la nécessité d’une religion ; mais cette religion n’est ni le catholicisme, ni un ensemble de pratiques extérieures : c’est simplement les rapports de pensée et de sentiment qui s’établissent entre l’homme et Dieu dans la vie, suivant cet axiome : Religet religio nos ei à quo sumus, et per quem sumus, et in quo sumus. La théorie de M. Tiberghien est contenue à peu près tout entière dans ces paroles de saint Augustin. Après avoir résumé d’une façon remarquable le développement successif de l’idée religieuse à travers les religions positives que nous fait connaître l’histoire chez les différens peuples de la terre, l’auteur aborde l’étude des deux termes que comporte son problème, l’homme et Dieu. Tandis que l’animal est un être fragmentaire, sans équilibre, un organisme qui est et qui reste inachevé, l’homme est l’être d’harmonie de la création, l’être complet parmi tous les êtres finis, le microcosme en un mot. Les animaux sont des choses, l’homme est une personne. En remontant sans cesse de l’effet à la cause, de la pluralité à l’unité, il arrive seul à saisir par la raison l’être infini et absolu qui est cause du monde et qu’on appelle Dieu. Il faut donc voir un privilège de l’homme dans la religion, dont la manifestation sociale est l’église, et qui est l’ensemble de nos rapports personnels avec Dieu. — Cette conclusion serait absolument

  1. 1 vol. in-8°, chez Guyot.
  2. Nouveaux Essais sur l’Entendement humain.