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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/141

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mandant à ses gardes de s’ouvrir pour le laisser approcher, il lui dit de ce ton et de ce style royal qui lui est propre, et que nul n’a pu feindre et lui prêter : « Eh bien! monsieur de Filhot [1], martyr de mon état, comment vous trouvez-vous de vos blessures? — Sire, lui répondit Filhot, toutes les fois que j’ai l’honneur de voir votre majesté, elles me deviennent plus chères. » Lorsque Condé apprit quelle atroce persécution Filhot avait soufferte, et quel courage il avait déployé, à son retour en France il lui écrivit de sa propre main pour lui témoigner à la fois sa douleur et son admiration. Il lui offrit son amitié, et 1,000 écus de pension comme un bien faible dédommagement du mal qu’involontairement il lui avait fait. Filhot accepta l’amitié du grand capitaine avec reconnaissance, mais il déclina la pension.


IX.

Une cause qui réunissait ainsi contre elle toutes les forces morales de la société, la magistrature, le clergé, la bourgeoisie, et qui n’était défendue que par l’audace et le crime, était une cause irrémédiablement perdue. Elle devait bientôt périr en Guienne et à Bordeaux, comme elle avait fait à Paris et dans tout le reste du royaume.

Déjà en Berri, dans cette province depuis si longtemps dévouée aux Condé, la citadelle de Montrond, confiée au marquis de Persan, avait été contrainte de céder aux longs et habiles efforts du comte de Palluau, auquel cet important succès valut le bâton de maréchal de France sous le nom de maréchal de Clérambault. Le marquis de Persan était sorti de Montrond le 1er septembre 1652, et il était allé rejoindre Condé en Flandre. Le lendemain de son départ, la citadelle de Montrond avait été rasée, conformément à la résolution que la royauté avait prise de détruire peu à peu tous ces châteaux-forts du centre de la France, depuis longtemps inutiles contre l’étranger, et qui ne servaient plus que d’asile à la haute aristocratie pour fouler impunément les peuples, ou se dérober à l’empire des lois. Le jeune comte de Bouteville avait tenu plus longtemps en Bourgogne. Enfermé dans la ville et la forteresse de Seurre, il y avait fait une résistance opiniâtre, digne du futur maréchal de Luxembourg. Il avait pourtant fallu céder à la nécessité, et le 6 de juin 1653 Bouteville avait capitulé avec tous les honneurs de la guerre, et sous la condition que lui et les troupes qu’il commandait, françaises et étrangères, seraient conduits en

  1. La fleur de lis l’avait ennobli.