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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/138

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prince de Conti de l’injustice et de l’outrage que l’armée royale vient de faire à un officier du roi, puis il se met à l’œuvre et dispose tout pour l’exécution du projet concerté. L’insurrection devait éclater dans le quartier Saint-Julien, près d’une des portes de la ville : on devait s’emparer de cette porte et la livrer aux troupes du duc de Candale. Au moment de l’exécution, le cœur manque à un des conjurés qui va révéler le complot au prince de Conti. Celui-ci, pressé par Duretête et les ormistes, qui le surveillent, n’a que le temps de monter à cheval, de rassembler le peu de gens qu’il trouve sous sa main et de courir à la porte Saint-Julien, par où l’ennemi devait entrer. On apercevait déjà les soldats du duc de Candale. Les amis de Filhot demeurèrent spectateurs immobiles de cette scène, voyant bien qu’ils étaient trahis. Une bande d’ormistes se précipite sur la maison de Filhot, qui, connaissant le sort qui l’attendait, résolut de se défendre. Se souvenant de son ancien métier, il arma le peu de gens qu’il avait avec lui, et les plaça de telle sorte qu’il était assuré de vendre au moins très chèrement sa vie. Les ormistes n’osèrent pas risquer une attaque, et ils envoyèrent chercher du bois et de la paille pour mettre le feu à la maison. Filhot avait l’âme aussi tendre qu’elle était énergique : il trembla pour sa femme enceinte et pour ses petits enfans, il espéra les sauver en se sacrifiant. Il ouvrit les portes de sa maison et se borna à se barricader dans sa chambre. La foule l’y vint assiéger et tenta d’entrer par une croisée. Le premier qui se présenta reçut à travers le corps un coup de hallebarde qui le jeta bas et arrêta tous les autres. On alla avertir le prince de Conti, et cet esclave de l’Ormée, qui lui-même avait la trahison dans le cœur et traitait secrètement avec le duc de Candale, ordonna qu’on se saisît de Filhot mort ou vif. Il s’avança même pour s’en emparer à la tête de quatre-vingts hommes de pied et d’un piquet de cavalerie. Filhot aurait résisté jusqu’au bout et serait mort les armes à la main ; mais il entendit les ormistes qui menaçaient sa femme et ses enfans : craignant qu’ils ne fussent victimes de sa résistance, il se livra lui-même. Quoiqu’il ne cherchât plus à se défendre, il fut maltraité, frappé, traîné dans la rue, et il eût été massacré, si le prince de Conti, ému de compassion, n’eût supplié qu’on ne lui fît aucun mal, en promettant que la justice aurait son cours. Il le fit conduire dans son hôtel même, rue des Fossés-du-Chapeau-Rouge. Cependant la pauvre Mme Filhot, ne sachant pas où l’on menait son mari, désespérée, baignée de larmes, tout en désordre, s’échappe de sa maison, court dans les rues, demandant son mari à tout le monde. Ses cris, sa douleur, sa grossesse, le souvenir de la famille respectable à laquelle elle appartenait, font une vive impression sur le peuple,