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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/125

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plus de facilité lorsqu’il en sera temps et que le bien de mes affaires le permettra. — Je crois qu’il seroit bon de faire à ces sortes de gens-là (les conseillers opposés à l’Ormée) une punition plus sévère que celle d’être simplement chassés de Bordeaux, car ce leur est un prétexte d’aller à Agen tenir leur parlement prétendu. Remédiez à cela fort sérieusement; mais ne dites pas que ce soit moi qui vous l’écrive, si vous ne le jugez absolument nécessaire. » Lenet se conformait volontiers à de pareils ordres, en sorte qu’aux yeux de la petite fronde tout l’odieux de ce qui se passait retombait sur le prince de Conti et sur Mme de Longueville, qui avait la réputation de gouverner son jeune frère, et que sa politique bien connue et la fermeté de son caractère désignaient particulièrement à l’inimitié et aux outrages du parti royaliste.

De là contre elle ces libelles sous la forme populaire d’affiches, de placards, comme on les appelait, qu’on mettait clandestinement la nuit sur les murs de Bordeaux, dans les quartiers les plus fréquentés, et qui, le jour, défrayaient la curiosité maligne des passans. Bien entendu, on l’attaquait par où elle était vulnérable, et elle expiait cruellement l’éclat de ses fautes. En vain chaque jour on déchirait les affiches, chaque nuit les renouvelait. « On a affiché cette nuit, écrit Lenet à Condé le 9 décembre 1652, des placards si insolens, si infâmes contre M. Le prince de Conti et Mme de Longueville, qu’il n’y a homme, tant mal intentionné puisse-t-il être, qui n’en ait horreur; aussi les va-t-on brûler par la main du bourreau. » Et le 12 du même mois : « On a brûlé par la main du bourreau le pasquin horrible contre M. Le prince de Conti et Mme de Longueville dont je parlai à votre altesse par le dernier courrier. Cela n’a pas empêché qu’on n’en ait fait encore un pire qui sort de même boutique et qui a eu même sort. »

Nous avons recherché et trouvé parmi les papiers de Lenet un de ces placards, dont la cynique énergie, mêlée de prétentions et presque de raffinemens aristocratiques, trahit un écrivain de la petite fronde. Nous le donnons ici, sans le trop affaiblir, tel qu’il parut un matin sur les murs de Bordeaux, pour bien faire voir à quels affronts Mme de Longueville était exposée, et que si le parti des princes livrait le parlement aux fureurs de l’Ormée, le parti du parlement savait aussi se défendre et exercer à son tour de cruelles représailles. Voici ce placard digne de Massiot ou de quelqu’un de ses amis.


« Messieurs,

« On fit brûler lundi dernier quatre papiers qu’on avoit trouvés affichés dans quatre divers carrefours de notre ville; ils n’ont mé-