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Page:Revue des Deux Mondes - 1859 - tome 22.djvu/119

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nac introduisit Chouppes auprès du prince de Conti, et dans une occasion importante où il s’agissait de réclamer de l’Espagne les secours promis par les traités, et sans lesquels les affaires de Guienne ne se pouvaient soutenir, comme on cherchait une personne de confiance que l’on pût charger de cette mission, l’abbé fit tomber sur son ami le choix du prince. On donna au nouveau diplomate les instructions les plus détaillées et les plus précises [1]. Chouppes les suivit de manière à ne rien obtenir, et à son retour il assura le prince qu’il n’y avait aucun fonds à faire sur les promesses des Espagnols. « Ce coup, dit l’abbé de Cosnac [2], que je donnai assez adroitement pour n’en être point soupçonné, est assurément ce qui a le plus contribué à la paix de Bordeaux. » Sur ces entrefaites, il y eut dans la ville une assez forte émeute où le prince de Conti courut presque du danger. Cosnac saisit cette occasion pour se déclarer; il représenta au prince de Conti qu’il se perdrait en s’obstinant à servir une cause que rien ne pouvait sauver, et il lui développa toutes les raisons qui le pouvaient engager à traiter avec la cour. Le faible Conti ne fit pas grande résistance. « Il prit sans beaucoup balancer [3] la résolution de sortir de l’état où il étoit, qui commençoit fort à le dégoûter, tant à cause des fatigues qu’il lui falloit prendre, et qui n’étoient pas trop selon son humeur, qu’à cause des dangers qu’il couroit tous les jours. Après avoir eu avec M. Le prince de Conti plusieurs conférences sur ce sujet, il fut entendu qu’il enverroit quelqu’un à la cour pour traiter de notre accommodement avec elle.» Ce témoignage de l’abbé de Cosnac est irrécusable. Ainsi il est désormais acquis à l’histoire qu’au lieu d’avoir attendu, pour se rendre, comme on le croyait jusqu’ici, l’entière défaite de son parti, le prince de Conti l’a prévenue, et que dès les commencemens de l’année 1653 il trahissait sourdement celui dont il était le lieutenant, jusqu’à ce que l’occasion lui fût donnée de lever le masque et de passer avec éclat du côté de la cour. Déjà s’accomplissait une partie de la prophétie de Condé : « Vous me jetez dans une affaire dont vous vous lasserez plus tôt que moi. » Condé en effet, plus énergique et plus fier à mesure que le malheur s’appesantissait sur lui, repoussait toutes les ouvertures d’accommodement. « Je vous dirai, écrit-il de Flandre à Lenet le 19 mars 1653 [4], que quand nous devrions perdre Bordeaux et toute la Guienne, il vaudroit mieux s’y résoudre que de faire une paix à contre-temps, sans honneur et sans sûreté, comme il arriveroit, si nous la faisions dans ce temps-ci

  1. Elles sont tout au long dans Lenet, p. 596-599.
  2. Mémoires, t. Ier, p. 53.
  3. Mémoires, ibid., p, 56.
  4. Lenet, p. 602.